Depuis la mort violente [du militant d’extrême droite] Quentin Deranque le 14 février, l’antifascisme est mis sur le banc des accusés avec la gauche qui s’en réclame. Pour de nombreux éditorialistes et responsables politiques, l’antifascisme serait aujourd’hui le facteur majeur de violence politique en France, alors même que toutes les études sérieuses montrent qu’elle est très majoritairement le fait de l’extrême droite.
C’est d’ailleurs une composante centrale de la rhétorique, de l’idéologie et de l’action de celle-ci, dans les périodes où elle ne cherche pas à rassurer la population à des fins électorales. Quand l’extrême droite accède au pouvoir – l’histoire le montre –, elle accroît massivement la violence à l’égard de ses opposants et de tous ceux qu’elle exclut de sa vision étriquée de la nation. « Viva la muerte ! » [« vive la mort »] n’était-il pas le cri de guerre des fascistes espagnols pendant la guerre civile (1936-1939) ?
A rebours du bon sens, c’est aujourd’hui la violence antifasciste qui est pourtant présentée comme la principale menace contre la paix civile. Les discours, les modes d’action, les appels au meurtre, le vandalisme et les agressions de certains militants d’extrême droite – contre des migrants, des associations qui les soutiennent, des personnes LGBTQ+, ainsi que des organisations syndicales et politiques de gauche – sont escamotés, minimisés ou niés. Parallèlement, les appels à ranger les « antifas » parmi les groupes terroristes se multiplient, une dénomination qui ne renvoie pourtant à aucune organisation précise, un terme fourre-tout visant à condamner un ensemble vague d’acteurs et à stigmatiser quiconque lutte contre les dérives autoritaires des Etats.
L’antifascisme en vient même à être taxé de « nouveau fascisme » ou de « vrai fascisme » par des commentateurs sans scrupule. L’inversion des faits, de l’histoire et des valeurs ne pourrait être plus complète. Un vent mauvais souffle de Washington et d’ailleurs : désormais, le pouvoir discrétionnaire des multimillionnaires et des forces politiques à leur service ne souffre plus de la moindre critique.