Le souvenir est resté gravé dans sa mémoire. A l’âge de 7 ans, Marie Hugo prend le bateau avec ses parents depuis Weymouth, en Angleterre, pour aller découvrir la maison de son illustre aïeul, arrière-arrière-grand-père, sur l’île anglo-normande de Guernesey, un bout de terre battu par l’océan au large des côtes françaises. Victor Hugo y a vécu en exil de 1855 à 1870 et sa demeure, transformée en musée, appartient à la mémoire familiale.
A l’époque, Marie est impressionnée par les deux chênes qui encadrent la porte à double battant et par le drapeau français qui flotte au vent. Une cinquantaine d’années après, devenue artiste plasticienne, elle lui consacrera un livre baptisé Hauteville House, Victor Hugo décorateur (éditions Paris Musées, 2016), en collaboration avec son frère Jean-Baptiste Hugo, photographe, et sa fille Laura Hugo, éditrice.
L’ouvrage dévoile un talent méconnu de l’auteur des Misérables : celui de la décoration. C’est aussi le fil conducteur de l’exposition – jusqu’au 26 avril dans l’ancienne demeure de l’écrivain, place des Vosges, à Paris – orchestrée par Gérard Audinet, directeur des maisons de Victor Hugo de Paris et de Guernesey et auteur d’une monographie sur le sujet (Victor Hugo, décors, éditions Paris Musées, 2025). L’occasion de plonger dans le bain bouillonnant d’un style à l’étonnante modernité.
Dès les premiers appartements qu’il occupe à Paris, le romancier, à la notoriété grandissante après la publication de Notre-Dame de Paris en 1831, soigne ses intérieurs, comme il en allait sous la monarchie de Juillet. Au début du XIXe siècle, accédant au pouvoir, la bourgeoisie cherche à rivaliser avec l’aristocratie.