Le deuxième roman de Pauline Peyrade, Les Habitantes, qui succède à L’Age de détruire (Minuit, prix Goncourt du premier roman 2023), frappe moins par son intrigue, assez peu palpitante de prime abord, que par la forme douce et âpre de son écriture. Ce qui semble intéresser avant tout cette écrivaine, née en 1986, également autrice dramatique, c’est de scruter les choses qui nous entourent plutôt que de commenter les faits. Elle choisit de décrire toutes les formes du vivant – jusqu’aux plus menues – plutôt que de se borner à raconter des problèmes strictement humains, comme si le roman devait d’abord s’accorder au bruissement du monde.
Elle entraîne pourtant le lecteur sur la voie d’une fable, d’une histoire ancrée dans un territoire rural très concret. Dès la première page, l’espace géographique s’impose comme une force autonome. C’est un monde sauvage, tellurique, que Peyrade approche par la prose, dans la lignée de poètes américains tels Gary Snyder ou Jim Harrison (1937-2016). « Il y a environ cent soixante millions d’années, la terre d’ici baignait dans une mer tiède et peu profonde, peuplée de coraux. Des souches diverses grandissaient les unes près des autres, en bouquets multicolores. A leur mort, certaines devenaient poussière ou plancton », lit-on en un magnifique prologue qui fait entrer la fiction dans une longue durée géologique.