Boulevard Pol-Pot, avenue Milosevic, allée Eichmann : même le moins historien des passants trouverait ces appellations incongrues. Il existe pourtant en France, de Tourcoing (Nord) à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), une bonne quinzaine de voies portant toujours le nom de Thomas Robert Bugeaud (1784-1849). Peut-on classer ce dernier avec de si atroces personnages ? C’est tout l’enjeu des débats mémoriels contemporains et, en filigrane, du Cas Bugeaud, le livre que l’historienne Colette Zytnicki consacre à cette figure majeure de la colonisation de l’Algérie, responsable de sidérants massacres de masse dans les années 1840.

La carrière de Bugeaud fut pourtant bien éloignée, à l’origine, de l’Afrique du Nord, où l’emprise impériale française ne débuta qu’en 1830. Avant d’y recevoir une première affectation en 1836, sous la monarchie de Juillet, dont il était devenu l’un des piliers, il illustra toute l’ambivalence des militaires dans la société du premier XIXe siècle. Il incarna successivement le prestige associé à l’épopée napoléonienne, durant laquelle il reçut ses premiers galons à Austerlitz, en 1805, mais aussi la brutalité répressive face aux soulèvements populaires et aux barricades, en ces temps où l’armée constituait le dernier recours, plus ou moins fiable, de régimes contestés.

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