Qu’est-ce que l’identité américaine ? La crise du Minnesota en donne un exceptionnel raccourci. Etat « bleu », à majorité démocrate, dans un Midwest largement contrôlé par des « rouges », membres du Parti républicain, cet Etat cristallise tous les éléments de la polarisation qui divise aujourd’hui les Etats-Unis.
Pour le président américain, Donald Trump, et ses émules – et en particulier ses électeurs MAGA [Make America Great Again, « rendre sa grandeur à l’Amérique »] –, l’Amérique idéale est un pays dominé par des Blancs, identifiés comme des « Heritage Americans », des Américains de souche et surtout des chrétiens. Peu importe la présence d’Amérindiens ou d’anciens esclaves originaires d’Afrique ; l’Amérique est blanche et doit le rester, au risque de perdre son identité fondatrice. Permettre l’arrivée de hordes d’immigrés, susceptibles d’« empoisonner le sang du pays », selon l’expression de Trump, est inacceptable. Tout doit être fait pour bloquer l’invasion et empêcher le « grand remplacement » si facilement fantasmé par les trumpistes.
D’où l’importance donnée aux troupes de choc des polices des frontières et de l’immigration et la volonté de punir la ville cosmopolite de Minneapolis, ville démocrate et, de surcroît « ville sanctuaire » ouverte aux immigrés. Quels immigrés ? Des demandeurs d’asile, originaires pour la plupart de la Somalie, qui avaient fui une guerre civile il y a trente ans ou plus. Devenus citoyens, ceux-ci ont élu au Congrès une Somalienne musulmane, Ilhan Omar, qui porte le hidjab lors des séances de la Chambre des représentants. Omar représente le 5e district du Minnesota dans la région de Minneapolis. Elle a succédé en 2019 à Keith Ellison, un black Muslim [musulman noir] américain, le premier représentant du Congrès qui prêta serment sur le Coran. Ellison est aujourd’hui le ministre de la justice [procureur général] du Minnesota.
En envoyant près de 3 000 agents de la police des frontières à Minneapolis, Trump exprimait son esprit de vengeance contre des adversaires démocrates qui avaient osé le critiquer et avaient même mené campagne contre lui lors des élections présidentielles de 2024. Tim Walz, le gouverneur du Minnesota, avait été le colistier de Kamala Harris. Il convenait de punir des adversaires qui, selon Trump, n’étaient pas dotés de « bons gènes ». Il décrétait ainsi, avant d’envoyer la police des frontières, que les Somaliens venaient d’un « pays pourri », et que leur QI était manifestement « inférieur » à celui des Blancs votant pour le parti de l’éléphant [républicain].