Des PMU dans leur jus à la vogue du bleu de travail : la ruée vers l’authentique, un nouveau « tourisme social »

Un après-midi de novembre, Chez Omar, rue de la Folie-Méricourt, dans le 11e arrondissement de Paris. Fred commande son kir « avec beaucoup de sirop », Florent boit son demi à 3 euros. Depuis quinze ans que les deux habitués devenus amis se retrouvent ici, le décor n’a pas bougé, le propriétaire non plus. Et le téléphone fixe sonne encore. Florent, écrivain, aime venir là et voir la vie banale dérouler sa poésie quotidienne : Fred et ses monologues, les demis de bière pas chers, les après-midi qui s’étirent.

La rue, elle, a changé. « Maintenant il y a un restaurant étoilé, une librairie indépendante, un mec qui fait du pain au levain, un autre des produits fermentés, soupire Jérémy, un autre habitué du lieu. Tous les quartiers se ressemblent. Il n’y a plus que des cafés de bobos à 5 balles. La gentrification est là, sous nos yeux, et c’est de la merde. » Il désigne par là l’uniformisation : d’un quartier à l’autre, les mêmes commerces reproduisent les mêmes codes et attirent la même clientèle.

Dans n’importe quel PMU de quartier, dès 9 heures du matin, des habitués sont attroupés autour des bornes de jeu. Juste pour jouer. Pas pour vivre une « expérience ». Mais depuis quelques années, une autre génération est venue les observer, chercher l’authenticité dans ces lieux marqués par l’alcool, les jeux d’argent, la marginalité – un mode de vie qu’elle rejette dans sa propre existence tout en le valorisant comme décor.

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