Ce sont deux petits morceaux de roche d’apparence insignifiante. Mais d’eux naissaient chaleur et lumière. Qui les possédait pouvait à volonté éloigner les bêtes fauves, faire reculer la nuit, assainir la litière, durcir des outils de bois ou de pierre, mais surtout transformer le gibier coriace et les tubercules fibreux en mets plus digestes, énergétiques, débarrassés de leurs parasites – sans parler du goût !
Ces superpouvoirs encapsulés dans ces fragments noirâtres se révélaient sous la frappe d’un silex, faisant jaillir une étincelle capable d’embraser une poignée d’herbes sèches, des fibres d’amadou tirées d’un champignon ou du petit bois, avant de faire rugir les flammes pour de bon.
Ces deux morceaux de pyrite, premières « pierres à feu » connues, ont été découverts dans l’est de l’Angleterre sur le site de Barnham (Suffolk), occupé il y a 415 000 ans par des chasseurs-cueilleurs. On suppose, en l’absence de fossiles, qu’il s’agissait de néandertaliens anciens. Les restes d’un foyer, sur ce site de plein air, et non dans une grotte, montrent une utilisation répétée, à une température élevée, ce qui permet d’écarter l’hypothèse d’un incendie naturel.