La République islamique d’Iran n’a pas déclenché la nouvelle guerre qui embrase le Proche-Orient et le Moyen-Orient depuis le 28 février. Cette dernière a été la décision conjointe des Etats-Unis et d’Israël, Donald Trump estimant sans doute que l’affaiblissement historique du vieil ennemi de Washington et la puissance militaire inégalée des deux pays agresseurs étaient la garantie d’une victoire obtenue en peu de temps.
La riposte iranienne, cependant, a confirmé toutes les accusations régulièrement portées contre le régime de Téhéran. Aux soupçons sur sa volonté de se doter de l’arme nucléaire s’ajoutaient en effet de longue date les inquiétudes à l’égard d’un arsenal balistique jugé menaçant, et l’instrumentalisation de milices dans des pays-clés de la région pour le seul bénéfice de la République islamique.
Le Liban en offre une nouvelle fois l’exemple le plus cruel. Constitué à l’initiative de Téhéran, le Hezbollah, qui s’était engouffré dans le vide créé après l’éviction par Israël de l’Organisation de libération de la Palestine du pays du Cèdre, en 1982, a placé de nouveau les intérêts de son parrain au-dessus de ceux de sa patrie en tirant des roquettes sur l’Etat hébreu, dans les heures qui ont suivi le début de l’attaque américano-israélienne. La milice chiite a pris le risque d’exposer encore une fois les Libanais à la guerre, alors que les plaies de celle achevée par un cessez-le-feu conclu en novembre 2025, que personne ne respectait, à commencer par le Hezbollah qui refusait de désarmer ses miliciens, n’étaient pas encore refermées.
Israël n’attendait que ce réflexe pavlovien pour repasser à l’offensive. Il menace désormais le pays d’une opération d’une ampleur similaire à celle de 1982 et de tailler dans le sud du Liban une « zone de sécurité » qui rappelle l’occupation en vigueur de 1978 à 2000, au mépris, déjà, de la souveraineté libanaise. Des centaines de milliers de civils ont été chassés de nouveau de chez eux par les frappes et l’avancée de troupes israéliennes, mais le Hezbollah est le premier responsable de leur exode.
En décidant de faire régner le chaos sur la rive arabe du Golfe, notamment dans des pétromonarchies qui se retrouvent, sans l’avoir voulu, en première ligne de cette guerre, la République islamique a également décidé de se comporter en Etat-voyou prêt à tout et a confirmé le fait que son armement en missiles et drones constitue une menace régionale. Pas une seule voix ne s’est d’ailleurs élevée parmi les alliés les plus puissants de l’Iran, qu’il s’agisse de la Chine ou de la Russie, pour défendre cette agressivité visant des pays officiellement non belligérants.
Cette stratégie du chaos de Téhéran a produit immédiatement des effets délétères. Le modèle de développement longtemps vanté comme une réussite de la rive arabe du Golfe est ébranlé. Il reposait notamment sur un tourisme de masse favorisé par une stabilité apparente contrastant avec le reste du Moyen-Orient. L’économie mondiale redoute déjà un engrenage similaire à celui observé lors de l’invasion par la Russie de l’Ukraine, il y a tout juste quatre ans : inflation en hausse, du fait de tensions dans le domaine de l’énergie, et croissance affaiblie.
Depuis le début de l’attaque des Etats-Unis et d’Israël, le régime iranien a pu éprouver une dernière solitude : l’absence de tout réflexe d’unité nationale. C’est le résultat des vagues de répression sanglantes visant son peuple, et il en est, là aussi, le seul responsable.