A Paris, la décennie de Demna chez Balenciaga racontée dans une exposition

Comment résumer les dix années que Demna a passées à la tête des collections de Balenciaga ? L’exposition « Balenciaga by Demna », à voir au siège social parisien de Kering, la maison mère de la marque, jusqu’au 9 juillet, relève le défi. Nommé en 2015, à la suite de l’éphémère – et peu mémorable – Alexander Wang, Demna (qui se faisait encore appeler par son nom complet, Demna Gvasalia) est alors largement inconnu du grand public.

Pour les initiés, il est celui qui, avec son frère Guram, bouscule l’establishment de la mode parisienne avec le label Vetements, fondé en 2013. C’est dans la très belle chapelle de l’ancien hôpital Laennec que l’exposition se déroule, avec, en préambule, les invitations aux défilés, devenues pour certaines des collectors. On retrouve le portefeuille égaré, l’iPhone cassé, le patron de montage d’une veste de tailleur, ou bien encore le dé à coudre doré de la 50e collection de haute couture relancée par Demna en juillet 2021.

Avant de se plonger dans les vêtements et accessoires, c’est une feuille imprimée mise sous verre qui accueille le visiteur : un mail de refus que le créateur a reçu en 2007 alors qu’il postulait pour un stage chez Balenciaga. Puis la voix du designer, reproduite par une IA avec un naturel étonnant, prend le dessus, dans une cacophonie saisissante, commentant ou révélant les petits secrets de la pièce exposée.

La volonté n’est pas, ici, de retracer un parcours créatif sous une forme chronologique, mais bien de mettre en lumière une manière particulière d’explorer le vêtement, par le détournement, la fonction, la construction et surtout par les questionnements qu’il peut provoquer. Cent une pièces sélectionnées par le Géorgien d’origine, dont certaines issues de sa garde-robe personnelle et provenant de 30 collections (prêt-à-porter et haute couture), racontent son parcours singulier dans l’industrie du luxe.

A propos de sa toute première silhouette à avoir défilé pour la maison, en 2015, un tailleur jupe en laine et soie, la « voix » de Demna raconte : « C’était mon interprétation de la silhouette basque à taille cintrée de Cristóbal Balenciaga. C’est Eliza qui l’a portée et, lorsqu’elle l’a essayée, elle a dit : “J’ai l’impression que je devrais figurer sur la liste Forbes [des plus grandes fortunes de la planète].” Et c’est exactement ce que j’espérais qu’elle ressente. »

Epaules carrées, vestes, baskets et manteaux XXL, encolure basculée vers l’arrière… Tout est là. Et si, chez Demna, la silhouette s’exprime surtout par la ligne d’épaule, ce dernier excelle aussi dans les trompe-l’œil : manteau en « fourrure » où chaque poil est peint à la main, sac « paquet de chips » en cuir ou encore ensemble en satin fluide imprimé qui imite le denim. On ne dira rien des deux dernières tenues pour ne pas gâcher l’effet comique.

Mais on retiendra le plaisir de (re)voir le film coproduit avec Les Simpson ou encore les pièces prémonitoires issues de la collaboration entre Gucci et Balenciaga, en 2021. En attendant de découvrir les premiers pas de Demna dans la maison florentine, fin septembre, à Milan.

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