Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), principal mouvement indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, a confirmé, mercredi 13 août, qu’il rejetait le projet d’accord signé à Bougival, au début de juillet, avec l’Etat et les non-indépendantistes. La décision a été prise samedi lors d’un congrès extraordinaire du mouvement et confirmée mercredi en conférence de presse à Nouméa.

Le FLNKS « rejette formellement le projet d’accord de Bougival, en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de [sa] lutte », a déclaré Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne et membre du bureau politique du FLNKS.

Le mouvement indépendantiste avait convoqué ce congrès extraordinaire pour décider du futur de l’accord, signé le 12 juillet sous l’égide du ministre des outre-mer, Manuel Valls, à l’issue de plusieurs jours de négociations à Bougival (Yvelines).

M. Valls a déploré mercredi ce rejet, jugeant ce choix « incompréhensible », mais appelant à poursuivre le dialogue. « Ma porte reste évidemment ouverte pour comprendre les raisons peu explicites de ce choix incompréhensible », a-t-il affirmé dans un message publié sur Facebook, assurant qu’il ne compte « pas se résigner » mais trouver un compromis, alors qu’il doit se rendre en Nouvelle-Calédonie au cours de la semaine prochaine.

Ce texte prévoit notamment la création d’un « Etat de Nouvelle-Calédonie » et d’une nationalité calédonienne, ainsi que la possibilité de transférer des compétences régaliennes (monnaie, justice, police). Mais il a suscité une levée de boucliers dans le camp indépendantiste qui estime qu’il ne va pas assez loin dans la souveraineté du territoire français du Pacifique, notamment parce qu’il ne prévoit pas de nouveau référendum sur l’indépendance.

« L’accord de Bougival est derrière nous, a affirmé la syndicaliste Marie-Pierre Goyetche, également membre du bureau politique du FLNKS. C’est un rejet en bloc, nous ne participerons pas au comité de rédaction » proposé par Manuel Valls. « Nous lançons un appel pacifique à nos forces vives pour dire stop à l’Etat s’il entend passer en force », a-t-elle ajouté.

L’accord de Bougival continue d’être défendu localement par l’ensemble du camp non-indépendantiste, par l’Eveil océanien, parti « ni-ni » (ni indépendantiste, ni loyaliste), et par le Parti de libération kanak (Palika) et l’Union progressiste en Mélanésie (UPM), deux mouvements indépendantistes qui ont quitté le FLNKS en 2024.

Dans un communiqué, les deux principaux mouvements non-indépendantistes (Les Loyalistes et le Rassemblement-LR) ont déploré la décision du FLNKS, y voyant « un reniement de sa signature » et « une nouvelle trahison ». Ils appellent à la création « d’un comité ad hoc, composé de loyalistes et d’indépendantistes favorables à l’accord de Bougival, de membres de la société civile et d’experts » pour en « approfondir certains aspects techniques ».

Sans attendre l’officialisation de ce rejet, Manuel Valls avait annoncé dimanche se rendre « la semaine du 18 août » en Nouvelle-Calédonie pour tenter de sauver l’accord, qu’il présente comme « un compromis historique, fruit de mois de travail ».

En visioconférence depuis Mulhouse (Haut-Rhin), où il a été incarcéré pendant près d’un an, le président du FLNKS, Christian Tein, a dénoncé mercredi « un accord à marche forcée proposé par Macron ». « On n’a pas tiré les leçons de ce que le pays a traversé », a déploré le dirigeant, frappé par une interdiction de se rendre en Nouvelle-Calédonie, faisant référence aux émeutes de mai 2024, qui ont fait 14 morts et plusieurs milliards d’euros de dégâts.

Le FLNKS met également « en garde l’Etat contre toutes nouvelles tentatives de passage en force », une référence au projet de dégel du corps électoral porté par Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, malgré l’opposition du FLNKS. La mobilisation du camp indépendantiste contre ce projet avait dégénéré en émeutes le 13 mai 2024, entraînant des mois d’affrontements qui ont fait quatorze morts et plusieurs milliards d’euros de dégâts.

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