Une odeur de brûlé assaille les narines à l’arrivée à Katmandou. Les rues de la capitale népalaise, d’habitude congestionnées par le trafic automobile, sont désertes, les magasins et les bureaux ont portes closes. Partout des militaires patrouillent, à pied, dans des chars ou des camions. L’accès aux zones stratégiques est désormais interdit, protégé par des rouleaux de fil barbelé. Les habitants ont été priés de rester chez eux en application du couvre-feu décrété le 9 septembre. Ils peuvent sortir pour se ravitailler, uniquement deux heures par jour.
Des carcasses de voitures et de motos carbonisées jonchent les trottoirs de l’avenue Madan Bhandari menant au Parlement népalais aux façades noircies. Il ne reste à l’intérieur du bâtiment qu’un tas de cendre et de verres cassés. A deux kilomètres de là, le Singha Durbar, le gigantesque centre névralgique du pouvoir, au cœur de la capitale, est ravagé. Il abritait le bureau du premier ministre et quasiment tous les ministères dont celui de la défense et des affaires étrangères et les bureaux de l’administration répartis dans divers bâtiments. Le palais principal, de la fin du XIXe siècle, endommagé par le séisme de 2015, avait fait l’objet de dix longues années de restauration.
Les archives administratives sont parties en fumée, comme les dossiers de la Cour suprême, et de la Haute Cour de Katmandou, situées juste à côté du Singha Durbar. Les deux juridictions ont été ravagées par les flammes. Jeudi 11 septembre, des avocats et des juges regardent hébétés des bulldozers tenter d’en extraire des véhicules qui ont fondu dans le bitume. « Il n’y a pas de mot, souffle Ek Narayan Aryal, un avocat. On a tout perdu, les dossiers anciens, et les 35 000 affaires en cours. C’est un désastre pour notre pays qui ne dispose pas de datas numériques. »