« L’alimentation m’a toujours passionnée et, enfant, j’ai beaucoup regardé ma mère cuisiner. Pour elle, c’était très important d’aller prendre le lait et les légumes à la ferme, de cuisiner local, avec les bons produits du coin. Or, durant mon adolescence, le village savoyard où j’ai grandi, Gilly-sur-Isère, a connu l’un des plus gros scandales écologiques de l’époque : l’affaire de la pollution à la dioxine [cancérogène avéré], issue d’un incinérateur de déchets, qui a envahi les sols, les fermes environnantes et notre quotidien.
Nous nous sommes rendu compte que les « bons produits » que nous consommions étaient pollués. Cela nous a incités à nous tourner vers l’unique magasin bio des environs, Satoriz, à Albertville. Ma mère cuisinait très peu de viande, et elle excellait dans les déclinaisons de légumes, légumineuses et céréales : gratins, tartes, crumbles, galettes, boulettes…
Cela a ouvert ma curiosité, tout en scellant mes convictions sur l’importance d’une alimentation simple, saine et majoritairement végétale. J’ai commencé à tester des idées et à créer un cahier de recettes illustrées, comme un « pré-blog ».
Après le lycée, j’ai fait Sciences Po, à Grenoble, et, durant ma quatrième année, j’ai eu la possibilité de partir au Japon. Je suis tombée amoureuse de ce pays, de sa culture, de sa cuisine. A mon retour, j’ai fait un master en sociologie de l’alimentation. Pourquoi on mange telle ou telle chose, qui mange quoi, les coutumes alimentaires, les enjeux sociétaux liés à ces questions… tout ça me passionnait. Mais pas facile de trouver un boulot dans ce secteur.
Je suis retournée vivre au Japon pendant deux ans, et j’y ai donné des cours de français et d’anglais à l’université. Contrairement à la première période, où je me nourrissais de pain de mie, de natt? [soja fermenté] et de chou, mon salaire me permettait cette fois d’acheter des produits pour cuisiner et expérimenter. Je me documentais sur Internet.
Il n’y avait pas grand-chose en ligne à l’époque, quelques forums et les premiers blogs de cuisine français, notamment celui de Pascale Weeks, intitulé « C’est moi qui l’ai fait ! ». C’était intéressant, pour les recettes comme pour l’aspect sociologique : comment on transmet le savoir culinaire, les commentaires, les interactions qui n’existent pas dans un simple livre de cuisine.
Cela m’a inspirée et j’ai créé mon blog en 2005, à la fois pour rester en contact avec la France, partager des recettes et élargir mon répertoire. Je l’ai appelé « Clea cuisine », car Clea est le nom que les Japonais, qui ont du mal à prononcer “Claire”, m’ont spontanément donné. C’est resté mon pseudonyme pour tout ce qui touche à la cuisine.
Aujourd’hui, j’habite près de Grenoble et je suis responsable communication pour le magasin de mon enfance. Ma mère y fait toujours ses courses… Et je teste tous les jours de nouveaux plats, souvent inspirés du Japon, comme des boulettes au tofu, super simples, saines et savoureuses. »