Dans le grand classement des moments de gêne offerts par la période des fêtes de fin d’année, la discussion politique houleuse avec l’oncle aux propos réac, le périlleux transfert d’enfants au matin du 25 pour les familles recomposées et le concours de tir de boulettes avec sarbacane en carton multicolore trustent de longue date les premières places. Mais il ne faut pas sous-estimer le potentiel d’embarras que comporte la cérémonie d’échange des cadeaux. Surtout quand c’est un vêtement, sous l’emballage étoilé.
Que l’on soit offreur ou receveur, motivé à faire plaisir ou soumis aux codes sociaux de Noël faisant de la consommation une féerie, le vêtement cadeau expose à de graves dangers. Ainsi, en faisant don d’une écharpe ou d’une paire de chaussettes anonymes, l’offreur peu investi émotionnellement fera bien pire qu’en arrivant les mains vides. Il matérialisera son désintérêt profond pour la partie qui reçoit.
A l’opposé, la personne bien intentionnée, croyant avoir saisi à la volée le nom de la marque ou du modèle secrètement désiré, courra le risque de la mauvaise taille et, pire encore, du mauvais timing. Tous ceux ayant tenté l’expérience d’offrir la paire de baskets du moment à un adolescent pourront ainsi témoigner de l’inconfort à s’entendre répondre : « Ah ! mais nan, papa, plus personne ne les porte depuis deux semaines… »
Mais le malaise pouvant accabler la personne réceptionnant le présent n’est pas moins grand. Exposée au mauvais choix, celle-ci sera en effet sommée d’opter entre une franchise blessante et une hypocrisie lourde de conséquences. Enfermée dans un enthousiasme feint, la victime récipiendaire devra, sur-le-champ, enfiler l’habit en question et ne pourra pas échapper à une désagréable photo souvenir. Plus tard, dans la soirée, il lui faudra trouver une très bonne excuse pour ôter le cadeau faussement apprécié.
Et le supplice continue encore un peu. En effet, si une personne recevant un mauvais livre pourra feindre de l’avoir adoré en bredouillant trois mots-valises sur sa lecture, celle ayant hérité d’un vêtement sera soumise à une obligation morale de mise en scène. Pour prouver son attachement à l’objet et à la personne à l’origine du don, elle n’aura d’autre choix que d’arborer la pièce en question à la rencontre suivante. Conclusion ? Joyeux Noël quand même.