C’est l’une des images de mode les plus commentées de l’année. Début octobre, à Paris, Awar Odhiang, mannequin canadienne d’origine sud-soudanaise, a clos le premier défilé Chanel signé Matthieu Blazy, sous la coupole du Grand Palais, vêtue d’une jupe à grand volume brodée de plumes et de fleurs multicolores. La jeune femme s’est alors avancée sur le podium en faisant virevolter sa « maxijupe » prolongée d’une traîne, avant de serrer dans ses bras le directeur artistique. La photo de cette pièce aux cascades de pétales, associée à la simplicité d’un tee-shirt en soie blanc, a fait le tour du monde.
Pour son arrivée chez Dior, au printemps, Jonathan Anderson a, lui aussi, proposé des jupes gonflées, à l’image de celle portée par l’actrice britannique Mia Goth dans sa première campagne de publicité pour la maison. Et, en septembre, le couturier a présenté d’autres pièces hypertrophiées lors de son défilé printemps-été 2026, dont des jupes et des robes sculpturales dotées de crinolines modernisées ou de tournures (dont l’effet bombé, très Second Empire, accentue la chute des reins).
Plusieurs autres créateurs ont imaginé des modèles pourvus d’artifices, basques ou volants, pour leur collection automne-hiver 2025-2026 : Sarah Burton pour Givenchy, Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton, Chemena Kamali pour Chloé… Chez Alaïa, le designer Pieter Mulier a dévoilé des jupes à la taille tubulaire extra-large, créant un effet de déhanché bombé et tombant généreusement sur les chevilles.
Journaliste pour l’édition américaine de Marie Claire, Halie LeSavage met en perspective l’apparition de ces pièces XXL avec la théorie controversée du hemline index (« indice d’ourlet »), qui établit un lien direct entre la longueur des jupes et la santé de l’économie : les minijupes prospéreraient en période d’optimisme et les longueurs augmenteraient en temps de récession. « Les créateurs ne savent pas ce que l’avenir réserve à l’économie mondiale, mais ils semblent tout aussi inquiets que leurs clients et créent en conséquence », écrit-elle.
Mais, tandis que les vêtements volumineux dominent, les corps avec des courbes, eux, disparaissent des podiums : selon le rapport annuel sur l’inclusivité dans la mode du média en ligne Vogue Business, la diversité corporelle reste marginale dans les défilés.
Ces maxijupes, l’édition américaine de Harper’s Bazaar les qualifie, elle, de « vêtements “Ne m’approchez-pas” », y déchiffrant le message suivant : « Ce corps ne vous appartient pas. Restez à distance », et les associant à une tendance sociétale plus large, illustrée par les discours « pseudo-thérapeutiques » prônant la nécessité de fixer des « limites émotionnelles » qui pullulent sur TikTok, les conseils partagés sur la plateforme Reddit pour dire stop à des amis trop envahissants, ou encore les crèmes pour le visage qui « promettent littéralement de défendre notre barrière cutanée comme s’il s’agissait d’un littoral normand ». La jupe du moment ferait ainsi office de nouveau safe place.