L’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a dénoncé, vendredi 2 janvier, un « grave coup porté à l’aide humanitaire » à Gaza, après en avoir, comme 36 autres organisations, été interdite d’accès par les autorités israéliennes, faute de leur livrer l’identité de son personnel palestinien.
Selon Israël, cette exigence vise à « empêcher l’infiltration d’opérateurs terroristes au sein des structures humanitaires ». Israël a confirmé, jeudi, interdire d’accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires étrangères qui refusent de s’y plier.
Cette réglementation « est une tentative cynique et calculée d’empêcher les organisations de fournir des services à Gaza et en Cisjordanie » occupée, dénonce MSF dans un communiqué. « Il est révoltant d’utiliser l’aide humanitaire comme outil de politique ou de punition collective. »
La réglementation ne s’applique officiellement qu’à Gaza, mais des ONG se sont déjà inquiétées de ce qu’elles s’étendent à l’avenir à la Cisjordanie occupée. MSF fait part de ses « préoccupations légitimes » concernant l’enregistrement et le partage des informations personnelles de ses employés palestiniens avec les autorités israéliennes, d’autant, dit-elle, « que 15 collègues de MSF ont été tués par les forces israéliennes » depuis le début de la guerre à Gaza, en octobre 2023.
« Aucune clarté n’est fournie sur la manière dont ces données sensibles seront utilisées, conservées ou partagées », insiste MSF. « A fortiori dans un contexte où des travailleurs médicaux et humanitaires ont été intimidés, arbitrairement détenus, attaqués et tués en grand nombre, exiger des listes de personnel comme condition d’accès à un territoire est une ingérence scandaleuse. »
MSF, qui revendique de soutenir « un lit d’hôpital sur cinq à Gaza et [aider] une mère sur trois lors de l’accouchement », indique par ailleurs continuer de « solliciter un dialogue avec les autorités israéliennes sur le sujet ». Les ONG concernées ont théoriquement jusqu’au 1er mars pour quitter Gaza. D’ici là, elles peuvent soumettre les documents demandés aux autorités qui examineront leur demande, selon le ministère de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme.
Parmi elles figurent de grands acteurs du secteur dont, outre MSF, le Norwegian Refugee Council, Care, World Vision et Oxfam. Israël a été vivement critiqué par la communauté internationale pour cette réglementation.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé, vendredi, Israël à revenir sur sa décision. Ces organisations internationales « sont indispensables pour le travail humanitaire vital et cette suspension risque de saper les fragiles progrès faits pendant le cessez-le-feu » à Gaza, déclare son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans un communiqué.
« Cette annonce s’ajoute à de précédentes restrictions qui ont déjà ralenti l’entrée cruciale de nourriture, d’équipements médicaux et d’hygiène et d’abris à Gaza. Cette récente décision va encore exacerber la crise humanitaire que subissent les Palestiniens », a-t-il déploré.