Le traité de paix signé sous l’égide de Donald Trump, en septembre 2020, entre Israël et les Emirats arabes unis représente le premier partenariat stratégique entre l’Etat hébreu et un Etat arabe. Il est aussi le premier et le plus solide des « accords d’Abraham », les trois autres accords de normalisation ayant été conclus entre Israël et Bahreïn, le Maroc et le Soudan.
Aucun de ces accords n’a permis la moindre avancée dans le règlement du conflit israélo-palestinien, ni avant, ni après le 7 octobre 2023. En revanche, le parallèle s’impose de plus en plus entre l’impunité dont jouissent Israël et les Emirats arabes unis dans leur projection agressive de puissance sur l’ensemble du Moyen-Orient. Benyamin Nétanyahou, le premier ministre israélien, a d’ailleurs repris à son compte la référence martiale à Sparte qui était jusque-là réservée à la fédération d’émirats présidée par Mohammed Ben Zayed.
Que les deux dirigeants israélien et émirati se soucient aussi peu l’un que l’autre du droit international n’est pas une nouveauté. Qu’un dirigeant arabe puisse ouvertement défier Washington et persister à le faire est plus intrigant. Le mélange des genres que pratiquent Donald Trump et son administration explique en partie cette indulgence manifeste envers les Emirats arabes unis.
En mai, non seulement Mohammed Ben Zayed promet 1 400 milliards de dollars (1 200 milliards d’euros) d’investissements aux Etats-Unis sur dix ans, mais un de ses frères investit deux milliards de dollars dans une start-up de cryptomonnaie fondée par Donald Trump (et ses trois fils) peu avant sa réélection. Le président américain, rencontrant un autre frère de son homologue émirati, en octobre en Egypte, commente d’ailleurs avec gourmandise : « Beaucoup de cash, du cash illimité. » Mais la complaisance des Etats-Unis envers les Emirats se heurte désormais aux exigences de l’Arabie saoudite.
Il est bien loin le temps où Mohammed Ben Zayed, né en 1961, apparaissait comme le mentor de Mohammed Ben Salman, né en 1985. Leur proximité était telle que les initiales MBZ et MBS désignaient les deux membres de ce tandem de choc. C’est en tant que ministre de la défense que Mohammed Ben Salman a lancé, en 2015, une campagne militaire au Yémen, vouée à y protéger le gouvernement internationalement reconnu de l’offensive des houthistes pro-iraniens. L’engagement des troupes émiraties au sol permit de défendre Aden et de refouler les houthistes vers le nord.