Lorsqu’ils se sont emparés d’El-Fasher, la capitale du Darfour du Nord qu’ils assiégeaient depuis dix-huit mois, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ont filmé une partie des tueries dont ils se rendaient coupables. Dès la prise de la ville, le 26 octobre, de nombreuses vidéos d’exécutions ont circulé sur les réseaux sociaux, donnant un aperçu du drame en cours dans l’ouest du Soudan.
Mais l’ampleur et la nature des massacres commis pendant la conquête d’El-Fasher, où se trouvaient entre 170 000 et 260 000 civils, reste difficile à mesurer. Alors que les enquêteurs internationaux tentent de rassembler des preuves de ces exactions, le laboratoire humanitaire de l’université américaine Yale étudie les données satellitaires. Son directeur, le chercheur Nathaniel Raymond, explique, dans un entretien au « Monde », que la prise de la capitale régionale pourrait avoir coûté la vie à 60 000 personnes.
Nous disposons de quatre unités dédiées au Soudan à Yale : une qui se consacre à l’analyse d’images, une autre au renseignement en sources ouvertes, une unité géostatistique et la cellule de direction. La première exploite des images satellitaires de très haute résolution provenant de multiples constellations commerciales, comme Airbus, Planet Labs ou la NASA.