Imagine-t-on Jacques Chirac, en son temps, valider l’enlèvement d’un chef d’Etat étranger par les Etats-Unis ? Arrivé dans la famille gaulliste la cinquantaine entamée, Bruno Retailleau n’a jamais été chiraquien et repris à son compte la défense du multilatéralisme chère à l’ancien président de la République (1995-2007) et, avec elle, une certaine idée du droit international longtemps majoritaire au sein de sa famille politique. Quand le président du parti Les Républicains (LR) évoque la charte de l’Organisation des nations unies (ONU), jeudi 8 janvier sur France Inter, il cite l’article 51 pour évoquer la « légitime défense ». A l’entendre, « les Américains étaient fondés » à recourir à cet article sur la base d’accusations de « narcotrafic », étant entendu que le Vénézuélien Nicolas Maduro était « un individu et non un président ».
Sans pour autant s’être converti au trumpisme, Bruno Retailleau valide un supposé principe de réalité : dans un monde désormais dévolu aux prédateurs, la force l’emporterait sur le droit. La France et l’Europe sont donc priées de le comprendre et de s’adapter au nom de cette realpolitik. Sur ce point, le sénateur de Vendée est aligné avec Edouard Philippe. « Les grands cris d’orfraie sur le droit international qui se déliterait me paraissent relever d’une forme de myopie », jugeait le président d’Horizons dans un entretien au Figaro, le 6 janvier. En 2003, l’actuel maire du Havre (Seine-Maritime) était encore un jeune cadre de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) quand son patron, Jacques Chirac, s’opposait à l’intervention américaine en Irak et défendait « le multilatéralisme comme seule façon d’organiser la société internationale ».