Election présidentielle 2027 : une vraie campagne pour freiner le RN

L’outil est aussi éclairant que préoccupant. Depuis 1984, Le Monde publie un baromètre du Front national, devenu entre-temps Rassemblement national (RN). En lissant les cahots de l’actualité, ce travail de très long terme permet de mesurer avec finesse la progression de l’extrême droite dans la vie politique et la société françaises. La dernière édition, dont les résultats ont été révélés dimanche 11 janvier, à deux jours du procès en appel de Marine Le Pen, dresse un constat implacable : jamais le RN n’a été aussi puissant.

A force de provocations puis de banalisation, à grand renfort de propositions stigmatisantes puis de dédiabolisation, en voie accélérée de normalisation grâce à des victoires électorales et à des relais médiatiques organisés, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen est passé des marges à un rôle de plus en plus central. Plus de deux tiers des sondés considèrent qu’il a la capacité d’accéder au pouvoir et une part de plus en plus importante ne s’inquiète même plus de cette éventualité. Il ne représente plus un danger que pour 41 % des personnes interrogées. Et, prospérant sur l’échec des autres, le RN est même vu, par une majorité, comme une alternative qui aurait des effets positifs sur la réindustrialisation de la France, sur les services publics, sur le pouvoir d’achat…

Dans un contexte de fragmentation du paysage politique, cette dynamique n’a fait que se renforcer ces dernières années. Depuis 2018, la part des sondés en désaccord avec les idées du RN est passée de 70 % à 44 %, et ses fausses solutions pénètrent la société française en profondeur. Depuis 2020 et la crise due au Covid-19, l’opinion s’est radicalisée, puisque 80 % des sondés réclament une justice plus sévère et des propositions classiques du RN, même les plus contraires à la Constitution, sont largement majoritaires, notamment l’interdiction du voile islamique dans l’espace public ou la préférence nationale en matière d’allocations familiales ou d’embauches. Une diffusion qui touche certaines parties de la gauche et conquiert des pans entiers de l’électorat des retraités, deux piliers de moins en moins solides du barrage républicain.

A l’orée d’échéances électorales importantes en France et alors que de nombreuses démocraties ont déjà basculé (les Etats-Unis, la Hongrie, l’Italie), jamais l’extrême droite française n’a semblé aussi bien placée pour conquérir le pouvoir. Cela ne veut pas dire que le scrutin présidentiel de 2027 est joué d’avance. Les élections législatives de 2024 ont montré une volonté de résistance dans une grande partie de la population, avec une hausse de la participation très nette et la constitution d’un front républicain dans de très nombreuses circonscriptions. Et, dans un monde soumis à des chocs géopolitiques majeurs, les liens idéologiques de Marine Le Pen et Jordan Bardella avec Donald Trump et leur proximité passée avec Vladimir Poutine pourraient être de vrais repoussoirs.

Contrairement à 2022, où la campagne électorale avait été escamotée par le début de la guerre en Ukraine et l’entrée en lice tardive du président sortant, les électeurs français méritent de se décider après avoir vécu une confrontation d’idées exemplaire. Un débat politique qui n’omettrait aucune thématique, puisque le RN se nourrit de toutes les colères ; un débat où les candidats chercheraient à convaincre plutôt qu’à rejeter ; un débat qui permettrait de déconstruire les promesses illusoires de l’extrême droite mais aussi de proposer des solutions ; un débat préservé des polémiques instrumentalisées et des ingérences étrangères. Il reste quinze mois au personnel politique pour se montrer à la hauteur.

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