Quatorze millions d’enfants vivent en France – près d’un habitant sur six. Ils respirent le même air pollué, subissent la même crise du logement, les mêmes canicules et les mêmes tensions sociales que les adultes. Pourtant, leur voix reste quasi absente là où se décide une grande partie de leur vie quotidienne : les mairies.
Dans la plupart des exécutifs municipaux, les droits des enfants sont dissous dans des délégations « éducation », « jeunesse » ou « affaires scolaires ». Utile, mais insuffisant : on continue à penser les enfants comme « des citoyens de demain » plutôt que comme des sujets de droit – droit à être protégés des violences, droit à un logement digne, droit à une alimentation saine, droit à une libre conscience, droit à jouer, à se soigner, à participer aux décisions qui les concernent, comme la Convention internationale des droits de l’enfant le rappelle. Cela autorise aussi une forme d’« adultisme » institutionnel : on décide pour eux, on parle à leur place, on pense la ville à hauteur de voiture plus qu’à hauteur d’enfant.
Or, les signaux d’alerte s’accumulent. Des scandales de violences sexuelles éclatent, entre autres, dans l’animation périscolaire, révélant des failles dans le recrutement, la formation et le suivi des encadrants. Des collectifs de parents et de professionnels dénoncent les violences dites « éducatives ordinaires », l’insécurité dans certains accueils, l’absence de réponses structurées. Des rapports publics rappellent la réalité des enfants à la rue, des familles coincées dans des logements indignes, des files d’attente interminables pour accéder à un pédopsychiatre. Dans le même temps, la pauvreté infantile progresse et les inégalités d’accès aux loisirs, au sport, à la culture, à l’espace public, à la nature s’aggravent.
A l’approche des élections municipales de mars 2026, les diagnostics convergent : la commune est un acteur éducatif à part entière. Mais un maillon manque encore : une délégation politique explicite aux droits des enfants dans chaque conseil municipal. Nous proposons une mesure simple, lisible et transpartisane : qu’à l’issue des élections de mars, chaque exécutif municipal crée une délégation aux droits des enfants. Sa mission : garantir que, dans toutes les politiques locales, les décisions soient relues à la lumière de la Convention internationale des droits de l’enfant. Elle pourrait être le moteur de plusieurs chantiers structurants.