Le mocassin, un raffinement suranné

« Sans pennies, que deviennent les penny loafers ? », s’interrogeait l’année dernière le New York Times. Une question née d’un bouleversement concret : en 2025, les Etats-Unis ont mis fin à la frappe de la pièce de 1 cent, son coût de fabrication étant devenu trop élevé. Une décision qui, en apparence, n’a rien à voir avec notre façon de nous chausser, mais qui est pourtant venue bousculer le récit fondateur des penny loafers. Car c’est précisément ce penny glissé dans la bride en cuir située à l’avant du soulier qui lui donna son nom.

Dans les années 1950, les étudiants des universités américaines avaient adopté ce geste afin de passer des appels depuis les téléphones publics. Sur TikTok, des passionnés d’histoire de la mode se plaisent aujourd’hui à exhumer ce rituel, notamment les défenseurs de l’esthétique old money.

Dans ce récit fantasmé du luxe, rien ne doit sembler neuf, être trop voyant ou ostentatoire. Le mocassin, incarnation d’un raffinement suranné, y occupe une bonne place. Mais c’est encore mieux si son bout est plissé pour donner l’impression d’une chaussure qui a déjà vécu. Une tendance dont le chanteur Harry Styles s’est fait le représentant. Son nom revient sans cesse lorsqu’il s’agit de parler de cette version souple du mocassin traditionnel : un modèle en général non doublé et pourvu d’un bout froncé, parfois même chiffonné.

L’artiste britannique apparaît régulièrement chaussé d’un modèle en particulier, dont il possède plusieurs déclinaisons : une paire signée The Row, en peau d’anguille brillante. Très copiée, elle a généré une vague de dupes – ces imitations de produits de luxe – sans précédent. Cette pièce, décrite par le média Highsnobiety comme un soulier dont le cuir « devient de plus en plus froissé à mesure qu’il s’approche du bout pointu, jusqu’à voir sa structure se dissoudre », incarne parfaitement cette nouvelle élégance. De quoi dépouiller le mocassin classique de sa rigidité guindée et séduire une nouvelle clientèle non genrée.

Un succès qui va également de pair avec le retour d’un vestiaire preppy chic, inspiré par l’Ivy League – blazers à écussons, polos, chemises Oxford –, et d’une imagerie désormais connue sous le nom d’Eclectic Grandpa. Ce courant, en vogue sur TikTok, qui consiste, pour les jeunes générations, à revisiter le vestiaire de leurs grands-parents ne se cantonne plus au prêt-à-porter.

Il s’invite dans les intérieurs, porté par un mouvement anti-fast-furniture (contre la fast-déco, le mobilier jetable) valorisant l’authenticité, la durabilité et le goût du vécu – fauteuils clubs au cuir patiné, boîtes à cigares, pendules de cheminée, miroirs anciens biseautés. Un environnement dans lequel les mocassins trouvent naturellement leur place. Même privés de penny, ils semblent en avoir encore sous la semelle.

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