C’est devenu un réflexe. Quand l’occasion d’interviewer des adolescents se présente, nous leur demandons si de nouvelles applications font parler d’elles dans leur cercle d’amis. Un jour d’automne 2025, une lycéenne de 16 ans, qui préfère rester anonyme, nous lâche « Azar ». Elle élabore : « C’est un peu comme TikTok, mais ce sont des caméras qui défilent. Tu tombes à chaque fois sur une personne différente avec qui discuter en direct. Et souvent, ça ne parle pas de bouquets de fleurs… On voit des gars qui se branlent. Il n’y a pas que ça : comme tu parles à des gens que tu ne connais pas, parfois c’est drôle ! »
Par curiosité, nous téléchargeons l’application. En quelques secondes, plusieurs profils nous sont proposés. Emperius, au Mexique. Teo, en France. Sahrawi, au Maroc… Nous choisissons au hasard un profil français. Un jeune, très jeune homme apparaît à l’écran. « Bonjour », nous dit-il. Nous expliquons notre démarche de journaliste. La vidéo coupe : il vient de nous zapper, sans sommation.
Cette désagréable sensation nous rappelle les années 2010 et les grandes heures de Chatroulette. L’ancêtre d’Azar faisait frissonner les internautes, en proposant de discuter par vidéo avec un interlocuteur aléatoire – le plus souvent un pénis en gros plan. La génération suivante a eu Omegle, fermé en 2023 après des accusations de mettre en relation des pédophiles avec des mineurs.