Patrice P. est née en 1973 aux Abymes (Guadeloupe). Ses parents veulent que leur fille porte des initiales doubles (« P. P. »). Ils hésitent entre Pascale et Pascaline, mais s’orientent finalement vers Patrice. « Ils ne savaient pas du tout que c’était un prénom masculin », affirme l’intéressée.
Durant son enfance, Patrice est confrontée à des personnes qui ne conçoivent pas qu’une fille puisse porter un prénom de garçon. A l’église, certains fidèles tirent des conclusions hâtives du choix de ses parents : « Patrice ? Ok, donc c’est un garçon. » D’autres adultes pensent qu’il s’agit d’une erreur : « Tu es sûre que ce n’est pas Patricia ? » Au collège, un élève l’appelle par le pronom « il » durant toute une année scolaire.
Ces remarques incitent Patrice à se questionner sur son identité de genre. « Est-ce que ce prénom de garçon dit quelque chose de moi ? Est-ce que je ne serais pas un garçon manqué ? », se demande-t-elle au début de son adolescence. La découverte de son attirance pour les garçons dissipe ses doutes. « Je me suis dit, puisque je ne suis pas attirée par les filles, c’est que je suis bien une fille. Je confondais orientation sexuelle et identité de genre, mais cela m’a permis de trouver une réponse à des questions que personne ne se posait à cette époque. »