Le propre de l’antisémitisme n’est pas seulement de survivre aux siècles. C’est d’épouser les codes de son époque. Il mute, se recompose, change de vocabulaire et de visage. Mais il ne change ni de nature ni de cible. Hier, il se drapait dans les oripeaux de la pseudoscience, du complot ou du nationalisme. Aujourd’hui, il s’est trouvé un nouvel eldorado idéologique, un étendard pour se rendre fréquentable, se donner bonne conscience et masquer ce qu’il est réellement : l’antisionisme.
Soyons clairs. La liberté d’expression est un pilier de la démocratie. Elle protège le droit de critiquer un gouvernement, une politique, les décisions prises par les représentants d’un Etat, ici comme ailleurs. Ce droit est absolu dans son principe et précieux dans son exercice : sans lui, il n’y a ni débat public ni démocratie.
Mais l’antisionisme n’est pas la critique d’une politique. Il est une idéologie de négation et d’essentialisation.
Négation, d’abord, d’un droit fondamental : celui de l’existence même de l’Etat d’Israël comme principe d’un Etat souverain, Etat refuge né d’une nécessité historique. Israël est le seul Etat au monde dont on appelle à la destruction pure et simple.
Essentialisation ensuite, car cette idéologie confond, assimile et assigne. Elle rend les Français juifs coupables par procuration d’un conflit à 4 000 kilomètres d’ici, les somme de se justifier, les rend collectivement responsables, parfois jusqu’à la nazification. Ce basculement n’est pas un excès de langage : c’est une mécanique de haine.
Depuis le 7 octobre 2023 et les attentats terroristes perpétrés en Israël par le Hamas au cours desquels 51 de nos compatriotes ont été assassinés parmi plus de 1 200 hommes, femmes et enfants, la haine antijuive a changé d’intensité.
Des slogans ont envahi l’espace public et prospèrent sur les réseaux sociaux : « Du fleuve à la mer », « Mondialiser l’intifada », « Le terrorisme est une forme de résistance ». Ces mots ne sont pas des opinions. Ce ne sont ni des analyses géopolitiques ni des controverses intellectuelles. Ce sont des mots d’ordre qui arment, justifient la violence et l’excusent. Il n’y a pas de frontière étanche entre ce qui se dit et ce qui se fait : il y a un continuum idéologique entre les slogans et les balles.