Aux yeux des Israéliens, c’était le héros absolu, celui dont les faits d’armes et le destin fracassé racontaient tout à la fois le traumatisme et le patriotisme, la défaite collective du 7-Octobre et la résistance individuelle face au Hamas. Ran Gvili, 24 ans, le dernier des 251 otages retenus à Gaza, identifié lundi 26 janvier après avoir été retrouvé enterré dans un cimetière dans le nord de l’enclave palestinienne, s’était cassé l’épaule huit jours avant le 7 octobre 2023 en faisant de la moto, sa passion. Il était en arrêt maladie le matin de l’attaque du Hamas, en attente d’une opération chirurgicale. « Nous nous sommes réveillés en entendant des détonations, sans comprendre ce qui se passait. Nous avons allumé la télévision et avons vu des écrans orange, des terroristes à Sdérot, dans le kibboutz », a raconté son père, Itzik, lors d’une conférence à l’université Reichman, le 13 janvier. Cinq ou six minutes après, le jeune sergent, membre d’une unité spéciale, a enfilé son uniforme. « Tu vas où ? », lui a demandé son père. « Je vais laisser mes amis se débrouiller seuls ? », a répondu le fils.
Ran Gvili rejoint alors ses collègues policiers. Ils sont censés venir en renfort sur la zone du festival Nova, où des centaines de jeunes ont été attaqués – 378 d’entre eux ont été tués, des dizaines d’autres pris en otages. Mais les hommes se retrouvent bloqués à l’entrée du kibboutz Alumim, dans le Néguev, près de la bande de Gaza, où les combats sont extrêmement violents. Avec un autre officier, déjà présent sur place, Ran Gvili se rend dans une station-service où des dizaines de rescapés du festival, dont beaucoup de blessés, ont trouvé refuge. « De là, ils les ont tous aidés à se mettre en sécurité. Ils les ont fait monter dans des voitures et les ont envoyés vers le kibboutz. (…) Et ils ont sauvé près de 100 personnes de cette manière », a témoigné son père.