Sociologue de la santé, directrice de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Annie Thébaud-Mony a consacré une grande partie de sa carrière aux maladies professionnelles, en particulier à l’invisibilisation des cancers liés à l’environnement et aux conditions de travail, et a joué un rôle-clé dans le dossier de l’amiante. Elle a fondé en 2002, en Seine-Saint-Denis, le premier groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle (Giscop 93).
Les collectifs de victimes avec qui je travaille ont été scandalisés par l’absence des risques du travail dans les causes de cancer évoquées par les autorités. Nous sommes toujours face à un discours qui réduit celles-ci aux seules responsabilités individuelles, en particulier aux consommations d’alcool et de tabac, quand bien même celles-ci sont en fort déclin depuis des décennies [depuis les années 1960, la quantité moyenne d’alcool consommée par personne a été plus que divisée par deux et les fumeurs quotidiens représentent 18,2 % de la population de plus de 18 ans en 2024, un niveau historiquement bas].