« Mon père, c’était un colosse, je le croyais indestructible. Je ne pouvais pas imaginer qu’il partirait en trois mois dans de telles souffrances, sans qu’on puisse rien faire pour le sauver. » Avant de parler de sa propre maladie, Alain Barraud veut raconter celle qui, en 1988, a emporté son père, arboriculteur à Caumont (Vaucluse). A 67 ans, on lui découvre un glioblastome – un cancer cérébral foudroyant – et déjà, à l’époque, le médecin suspecte la responsabilité des pesticides qu’il pulvérise, bras nus, dans ses vergers.
Alain travaillait avec son père, aussi reprend-il l’exploitation familiale sans se poser trop de questions, « par habitude », dit-il : « J’étais dans le déni, comme beaucoup de collègues. Je ne pouvais pas imaginer qu’il puisse m’arriver quelque chose. » Et puis, pense-t-il, les produits ont changé, les doses sont plus faibles ; on se protège mieux.