Dans le paysage de la haute joaillerie, les maisons britanniques avancent sur un fil : les joailliers de Londres sont réputés à la fois pour leur service d’excellence destiné à une clientèle internationale et pour leurs gemmes de haute volée, mais ils ne s’avèrent pas forcément les plus créatifs esthétiquement. Du 26 au 29 janvier, en parallèle des défilés de haute couture, trois noms d’outre-Manche ont présenté à Paris leurs dernières collections, qui donnent à mesurer la pertinence de leur offre et les défis à relever pour peser, à l’avenir.
Le conglomérat diamantaire De Beers profite de l’occasion pour repositionner sa marque. Renommée « De Beers London », elle a inauguré en janvier, avec un fastueux cocktail-dîner mondain, une boutique rue de la Paix. Le choix et le coût locatif de ce lieu prestigieux, dans le prolongement de la place Vendôme, juste en face du leader Cartier, donnent une idée des ambitions que l’état-major s’impose. Mais y a-t-il un style De Beers London ? Cela reste à prouver.
Le dévoilement d’une nouvelle parure, centrée sur un collier transformable en rangs souples, rassemble plusieurs éléments distinctifs. En son centre, un diamant bleu en provenance d’une mine namibienne illustre sa capacité à proposer à ses clients des pierres très rares ; l’alternance entre diamants facettés et diamants laissés bruts (moins brillants et aux contours imparfaits) est une particularité visuelle remarquable. Mais, pour vraiment s’imposer comme un joaillier, et ne pas rester perçu comme un pur diamantaire, De Beers va devoir développer un vocabulaire plus clair, en faisant, par exemple, confiance à un directeur artistique capable d’avoir une vision articulée.
Diamants jaunes acidulés, saphirs bleu égyptien… Graff reste incontestablement un pourvoyeur de gemmes qui épatent, mais il demeure irrémédiablement classique. Cette saison, la maison indépendante se donne tout de même un petit coup de fouet, avec des boucles d’oreilles rigoureuses en diamants baguettes, mouchetées de saphirs taillés en poire, ou bien des jeux de liserés d’émeraudes ou de rubis miniatures, comme un fin coup de pinceau, dissimulés sur la tranche de maillons XXL en diamants.
David Morris, entreprise toujours familiale, va plus loin avec dix nouveautés multicolores. Saphir padparadscha de 23 carats (rose-orangé) ; diamants rouges (extrêmement rares), bleus, verts, orange ; perle de 41 carats revendiquée comme « la plus grosse perle naturelle sphérique au monde »… Les connaisseurs avides d’exceptionnel auront compris le message.
Au-delà de la qualité des pierres, il y a aussi un parti pris esthétique affirmé : diamants kite (en forme de cerf-volant) contrastant avec des perles blanches ou grises ; manchette en arches et billes de tourmaline Paraiba (turquoise) ou comme une dentelle de diamants rose pastel et blanc, parfois taillés en losanges ; boucles d’oreilles en émeraudes menthe à l’eau façon explosion pop… La collection bigarrée ne plaira pas à tout le monde, mais elle a le mérite de la cohérence, de la légèreté, et d’un certain goût du risque.