« Faire l’archéologie de la modernité » : telle était la mission que s’était donnée Andrée Putman (1925-2013) en lançant Ecart international. Et peu importe si cette belle formule ne fut pas vraiment d’elle. C’est bien ce qu’entreprit cette grande dame du design, dont on célèbre le centenaire et qui marqua de son empreinte des projets emblématiques, du Morgans Hotel, à New York, à l’avion de ligne supersonique Concorde, en passant par la tour The Putman, à Hongkong, mais aussi des ministères, des musées, des boutiques et des résidences privées.
Sa vocation est tardive : elle a 53 ans et un parcours déjà singulier (pianiste, journaliste, styliste et tête chercheuse pour Prisunic…) quand elle fonde, en 1978, avec l’architecte Jean-François Bodin, un bureau d’études. D’emblée, cette femme de style et de tête déploie son activité dans deux directions : architecture d’intérieur d’une part et réédition de meubles et objets de l’autre.
Sous le label Ecart international, il s’agit de donner une seconde vie à des trésors chinés ou exhumés, des pièces rares venues des années 1920-1930 et rejetées jadis pour la simplicité de leur ligne. « Une production tombée dans l’oubli, créée par des artistes et des décorateurs pionniers soutenus et collectionnés à leur époque par quelques rares mécènes érudits », résume Eléa Le Gangneux, historienne du design et commissaire de l’exposition « Andrée Putman et les créateurs du mouvement moderne », qui s’est tenue à la Fondation CAB, à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), en 2023.