Budget 2026 : clap de fin, enfin

Rideau. Devant un hémicycle quasi vide, lundi 2 février, les deux dernières motions de censure, déposées par le Rassemblement national et la gauche hors Parti socialiste (PS) contre le gouvernement, ont été rejetées par les députés, ouvrant la voie à l’adoption définitive du budget. C’est la fin d’un interminable et douloureux feuilleton de quatre mois et trois cent cinquante heures de débat. Sébastien Lecornu s’est réjoui que la France ait « enfin » un budget, « résultat d’un compromis, intégrant des amendements de tous les groupes ». Mais un peu plus tôt, devant les députés, le premier ministre n’a pu s’empêcher de fustiger, excédé, la « grande déconnexion » de certains élus, dénonçant le climat « politicien » ayant empoisonné les débats.

Si chacun a fait mine de revendiquer des victoires politiques à chaque étape du marathon, notamment le PS, qui a obtenu de nombreuses concessions, et si tous sont soulagés de tourner la page, ce projet de loi de finances qui ramène le déficit à 5 % du PIB – une trajectoire jugée insuffisante par le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici – ne satisfait personne. Pour le président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée, Gabriel Attal, il est le signe que « le quinquennat est fini », quand les proches d’Edouard Philippe estiment qu’il incarne « la fin du macronisme », vidé de sa substance.

Ce sera le prix de la stabilité. M. Lecornu, qui a échappé à six motions censure, devrait désormais rester à Matignon jusqu’à la présidentielle. La pression sur le président de la République, qui se voyait sommé il y a quatre mois – y compris par son ex-premier ministre Edouard Philippe – de démissionner, s’est allégée. Le spectre de la crise politique, qui avait atteint son acmé durant l’automne 2025 avec le renversement du gouvernement de François Bayrou, suivi par la démission de Sébastien Lecornu, finalement reconduit, s’est éloigné.

Sur la méthode, le bilan est contrasté. En promettant de renoncer au 49.3 et en assumant la recherche du « compromis », M. Lecornu entendait « réhabiliter la démocratie représentative ». S’il est parvenu à faire voter le budget de la Sécurité sociale, il a dû utiliser trois 49.3 pour que le budget de l’Etat soit adopté, les députés ayant échoué à s’accorder. Les voies d’un parlementarisme à la française renouvelé se sont in fine montrées étroites. La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, souhaite réformer le règlement ou les lois régissant la procédure budgétaire, afin que cet épisode ne se reproduise plus. De leur côté, les candidats à la présidentielle ne pourront pas faire l’économie d’une réflexion sur la manière dont ils entendent gouverner, alors qu’à l’heure de la tripartition politique il n’est pas acquis que le président élu se voit accorder une majorité.

Lundi, M. Lecornu a dit son souhait d’enfin « pouvoir passer à autre chose ». Mais sa marge de manœuvre s’avère réduite, l’équation politique restant inchangée, avec en toile de fond deux scrutins à venir, qui ne favoriseront pas le compromis. Dans ce contexte, il est peu probable que le gouvernement puisse faire œuvre « utile », comme l’a souhaité M. Macron lors de ses vœux aux Français. Un an et demi après le pari raté de la dissolution de l’Assemblée, qui a atomisé la scène politique, et à quatorze mois de l’élection présidentielle, c’est donc davantage à un relatif immobilisme qu’il faut s’attendre qu’à des échappées, alors que la France, submergée d’urgences à traiter, ne peut se permettre de perdre une année. Un gâchis.

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