Vingt-deux mois de lutte, dont huit de grève, concrétisés par une victoire pour les femmes de ménage de l’hôtel Ibis Batignolles à Paris (17e). Entre 2019 et 2021, dix-neuf employés du sous-traitant de nettoyage STN dénonçaient une inégalité de traitement entre eux et les salariés de l’établissement. A l’issue d’un accord négocié entre la CGT, AccorInvest et STN, ils avaient vu leurs conditions de travail s’améliorer et leur rémunération augmenter.
Plus récemment, en décembre 2023, ce sont les livreurs des plateformes comme UberEats ou Deliveroo qui avaient entamé une grève nationale, avec des actions dans une cinquantaine de villes françaises. Un appel à mobilisation qu’avait lancé la CGT et Union-Indépendants, affilié à la CFDT.
Pour les travailleurs indépendants, ceux de la sous-traitance ou encore de l’intérim, ces mobilisations, parfois auréolées de victoires et appuyées par un syndicat, reflètent mal la réalité. La fragmentation du travail à l’œuvre depuis les années 2000 a des conséquences particulièrement négatives sur la syndicalisation, et sur la protection des travailleurs qui va avec. Un phénomène qui exacerbe un mal ancien.
La France fait figure de mauvaise élève quand on observe le taux de syndicalisation. Depuis la fin des années 1970, ce dernier décroche inexorablement. En 2019, seuls 10,3 % des salariés étaient syndiqués, contre près de 20 % en 1975, selon la dernière étude disponible de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, rattachée au ministère du travail. Un déclin encore plus marqué dans le privé (7,8 %) que dans le public (18,4 %). Des statistiques loin de celles de nos voisins européens comme la Belgique (près de 50 % des salariés) ou surtout des pays scandinaves (plus de 60 %).