Sur les murs de sa maison brûlée et à moitié détruite, Tahrir Abou Madi écrit. Des devises qui lui donnent du courage, des mots qui disent sa douleur et son espoir. Sur des carnets aussi, elle dessine tout ce qui peut l’aider à supporter l’attente qui la ronge depuis près de deux ans. « Ceci est mon cri, le déversement de ma souffrance », confie par visio, au téléphone, cette mère de famille de 40 ans. Depuis vingt-huit mois, Israël interdit l’accès de la bande de Gaza à la presse étrangère.
A l’instar de milliers de Gazaouis en quête de réponses sur le sort de leurs proches disparus, la famille Abou Madi ignore ce qu’il est advenu de deux de ses enfants, Malak et Youssef.
Le matin du 23 février 2024, en pleine incursion israélienne contre la ville de Khan Younès menée dans le cadre des représailles aux massacres du Hamas du 7 octobre 2023, et alors que la famille avait été contrainte d’évacuer un mois plus tôt vers la zone côtière d’Al-Mawassi, Malak et Youssef, âgés de 20 et 18 ans, décident de retourner à la maison familiale pour récupérer des livres et des fournitures. « Malak poursuivait des études d’infirmière et Youssef devait passer son tawjihi (le baccalauréat palestinien). Ils voulaient continuer à étudier. Malak était bénévole à l’hôpital Nasser et tenait aussi à récupérer sa blouse blanche. » Ce jour-là, se trouvent également dans la maison l’oncle de Malak et Youssef, son épouse et leurs deux filles qui n’avaient toujours pas trouvé de lieu où se réfugier.