Pour son premier voyage en Afrique depuis sa nomination, le 6 janvier, à la tête du bureau des affaires africaines du département d’Etat américain, Nick Checker s’est rendu à Bamako. Le message porté par cet ancien analyste militaire de la CIA, spécialiste notamment de la Corne de l’Afrique, n’est pas une bonne nouvelle pour les défenseurs des valeurs démocratiques.
Peu d’entre eux nourrissaient d’illusions sur le poids accordé aux questions de gouvernance par l’administration américaine depuis le retour de Donald Trump aux affaires début 2025. Le diplomate américain a levé toute ambiguïté. Il est allé dans la capitale malienne, lundi 2 février, « pour témoigner du respect des Etats-Unis pour la souveraineté du Mali (…), corriger les erreurs politiques commises (…), consulter d’autres gouvernements de la région, notamment le Burkina Faso et le Niger, sur leurs intérêts communs en matière de sécurité et d’économie ».
Ces trois pays frontaliers du Sahel ont en commun d’être tenus d’une main de fer par des militaires qui ont arraché le pouvoir aux civils. Le Mali a ouvert la voie en 2021, suivi par le Burkina Faso, en 2022, et le Niger, l’année suivante. Depuis, les hommes masqués en tenue camouflée éreintent consciencieusement la liberté d’expression, dissolvent les partis politiques et emprisonnent les opposants pour leur plus grand profit. En substance, Nick Checker leur dit : « Vous pouvez compter sur nous au moins autant que sur les Russes pour lutter contre les groupes djihadistes ; vos ressources naturelles n’intéressent pas que la Chine ; et, ne vous inquiétez pas, nous ne répéterons pas les “erreurs politiques commises” en nous mêlant de vos affaires intérieures. »
C’est là un tournant. Au Niger, l’administration Biden (2021-2025) avait certes tardé à condamner le putsch contre le président élu Mohamed Bazoum, espérant sauver la coûteuse base aérienne d’Agadez abritant les drones américains qui traquaient les terroristes. Finalement, les GI durent faire leurs paquetages et la coopération bilatérale fut suspendue, de même qu’avec les deux autres juntes, dans l’attente du retour d’un pouvoir civil. Rien de tel dorénavant. Avec le Niger comme avec d’autres, la conditionnalité démocratique ou tout au moins le respect des droits humains en échange de coopérations techniques ou de financements a disparu.