Triste jour pour les salariés du Washington Post. En difficulté depuis des années, le prestigieux quotidien américain, propriété du milliardaire Jeff Bezos, a commencé à procéder, mercredi 4 février, à un vaste plan de licenciements au sein de sa rédaction, selon l’Agence France-Presse (AFP) qui cite des sources concordantes. Le nombre total de suppression de postes n’est pas connu dans l’immédiat, mais les médias américains parlent d’un tiers des effectifs concernés.

Sur X, les témoignages ont afflué toute la journée. « J’ai été renvoyée aujourd’hui par le Washington Post », a écrit Marissa J. Lang, qui couvrait les entreprises locales, et se dit « fière » du travail accompli. « Mon poste au Washington Post vient d’être supprimé, tout comme l’ensemble de la section Livres, la majeure partie de la section Sports, “Post Reports” [le podcast quotidien du journal] et bien d’autres encore », a pour sa part affirmé, sur le même réseau social, Lili Loofbourow, critique télé.

Caroline O’Donovan, qui suivait Amazon, fondée par Jeff Bezos, a aussi confirmé, toujours sur X, faire partie de la charrette. « Toute l’équipe » qui couvre le Moyen-Orient ainsi que « la plupart » des correspondants à l’étranger vont également perdre leur emploi, a affirmé à l’AFP l’une des personnes touchées. « Je viens d’être licenciée par le Washington Post en pleine zone de guerre. Je suis sans voix. Je suis dévastée », a réagi Lizzie Johnson, correspondante en Ukraine.

« Le Washington Post prend aujourd’hui une série de mesures difficiles mais décisives pour [son] avenir, qui se traduisent par une restructuration importante de l’ensemble de l’entreprise », a déclaré un porte-parole du WaPo dans un communiqué. « Ces mesures visent à renforcer notre assise et à nous concentrer davantage sur la production d’un journalisme distinctif qui distingue le Post et, surtout, qui captive nos clients. »

L’annonce a fait l’effet d’une déflagration. « On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal dans un communiqué. « Au cours des trois dernières années seulement, les effectifs du Post ont [déjà] diminué d’environ 400 personnes », a-t-il ajouté, disant « s’opposer vigoureusement à toute nouvelle réduction d’effectifs ». Marty Baron, ancien rédacteur en chef et figure emblématique du Washington Post, a qualifié ce plan massif de licenciements comme « l’un des jours les plus sombres » de l’histoire du quotidien.

Ces derniers jours, de nombreux reporters, notamment à l’étranger, avaient écrit à Jeff Bezos pour lui demander de s’y opposer, visiblement sans succès. Cette décision était attendue depuis que le quotidien avait annoncé aux journalistes qui avaient réservé leur voyage en Italie pour couvrir en février les Jeux olympiques d’hiver qu’ils ne s’y rendraient pas.

Le quotidien, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années. A l’automne 2024, le Washington Post n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir Kamala Harris durant l’élection présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020.

Beaucoup y avaient vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump. Ses entreprises ont d’importants contrats avec l’Etat fédéral, du stockage de données au domaine de l’espace. Selon la presse, ce non-soutien avait provoqué une hémorragie d’abonnés, déçus par ce nouveau positionnement. Une vaste réorganisation de la rédaction lancée en 2024 avec l’arrivée d’une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.

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