A la croisée du street art, de la publicité et de la médecine, ils sont partout à Abidjan, postés aux carrefours et le long des axes embouteillés : dessins de ventres ballonnés, de pieds congestionnés ou de testicules gonflés, accompagnés d’un numéro de téléphone et de la promesse d’une guérison rapide. Dans les bus, des bonimenteurs vantent leurs remèdes entre deux escales, avec la complicité du chauffeur. « Elixir contre le cancer ! », « Finissez-en avec les hémorroïdes ! », « Infusion contre la faiblesse sexuelle ! » La médecine traditionnelle forme en Côte d’Ivoire une industrie juteuse, où cohabitent tradipraticiens formés et charlatans jamais avares de remèdes miracles. Un vaste capharnaüm auquel les autorités ont entrepris de mettre de l’ordre, sanctionnant les dérives tout en intégrant certains savoirs ancestraux au système de santé moderne.
Une gageure, puisque le programme national de promotion de la médecine traditionnelle (PNPMT), créé en 2001, recense quelque 12 000 tradipraticiens, tandis que de nombreux autres exercent sous les radars. Lors des Journées africaines de la médecine traditionnelle, célébrées chaque 30 septembre, l’institution distingue les pratiques jugées vertueuses et alerte sur les abus, non sans se heurter à la bonne foi de certains acteurs.