Critiqué de toutes parts depuis les révélations de ses liens avec Jeffrey Epstein, Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe (IMA), « est convoqué par le ministère [des affaires étrangères] et sera reçu dimanche » pour s’expliquer sur ses liens passés avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, a annoncé vendredi 6 février à l’Agence France-Presse (AFP) le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, depuis Erbil, au Kurdistan irakien, où il est en déplacement.
L’entourage d’Emmanuel Macron avait fait savoir, jeudi soir, auprès de l’AFP que « l’Elysée et Matignon ont demandé au ministre des affaires étrangères [Jean-Noël Barrot] de convoquer Jack Lang » pour qu’il s’explique. L’IMA est sous la tutelle principale du Quai d’Orsay.
L’exécutif estime que l’ancien ministre socialiste devrait « penser à l’institution » qu’est l’Institut du monde arabe dont il est le président, et de nombreuses voix l’appellent à la démission en raison de ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein mis au jour par la publication de millions de documents.
Jack Lang a exclu de démissionner de la présidence de l’IMA, mercredi, assurant n’avoir « jamais » eu connaissance des crimes sexuels de Jeffrey Epstein à l’époque où ils étaient en relation. L’homme d’affaires américain avait été condamné en 2008 à dix-huit mois de réclusion pour avoir sollicité les services de prostituées mineures, après un accord controversé de négociation de peine et alors qu’il encourait la perpétuité. Il est mort en prison à New York en 2019 après une nouvelle incarcération.
Jack Lang, qui a déclaré, lundi, « assumer pleinement [ses] liens » passés avec le financier américain, continue de plaider la bonne foi. Mercredi, il a de nouveau assuré qu’il ignorait tout du passé criminel de Jeffrey Epstein quand il l’avait rencontré, il y a « une quinzaine d’années », par l’entremise du réalisateur Woody Allen.
Concernant la présence de son nom dans les statuts d’un fonds offshore créé par Jeffrey Epstein en 2016 et doté de 1,4 million d’euros, révélée par Mediapart, l’ancien ministre s’est dit « stupéfait » de cette « découverte », qualifiant de « culot » l’ajout de son nom. Aucune charge ne pèse contre Jack Lang, 86 ans, et sa présence dans ces documents n’implique de sa part aucun acte répréhensible.
Mais la mention de son nom à 673 reprises et ses liens d’intérêt avec le financier américain l’ont éclaboussé, lui et sa fille Caroline. Cette dernière a démissionné, lundi, de la tête du Syndicat de la production indépendante après des révélations sur une société offshore qu’elle a fondée en 2016 avec l’homme d’affaires américain.
« C’était un ami, ce n’était pas un intime. Il n’était pas du tout dans mon cercle proche d’amis », a-t-elle assuré, jeudi soir, sur BFM-TV. « Comment on pouvait imaginer des horreurs pareilles ? », « je ne pouvais pas savoir. Et mon père non plus », a-t-elle ajouté.
Les appels à la démission de Jack Lang de la présidence de l’IMA se multiplient jusqu’au sein du Parti socialiste (PS). « J’ignore si Lang est coupable d’avoir, en connaissance de cause, fermé les yeux sur les agissements d’Epstein et si par sa fréquentation, il a participé à les couvrir, a déclaré le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, sur Franceinfo. Mais ce qui d’ores et déjà heurte, c’est la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire. » « A ce stade, rien ne l’implique dans les scandales sexuels, mais il doit réfléchir à sa démission pour protéger l’institution qu’il préside », a-t-il encore estimé.
« Je ne comprends pas que Jack Lang ne soit pas plus indigné que cela d’avoir fréquenté un tel personnage. Et cela va forcément porter préjudice à l’image de l’Institut du monde arabe. Sa démission devrait aller de soi », a abondé l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 Ségolène Royal, qui a été ministre dans le même gouvernement que lui.
Au sein du parti présidentiel Renaissance, Renaud Muselier, prédécesseur de M. Lang à la tête de l’Institut du monde arabe et désormais président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’a aussi appelé à « démissionner ».