Cette fois, c’est la bonne. En 2019, quand Alain Finkielkraut publia un essai intitulé A la première personne (Gallimard), on lui fit observer que ce titre semblait hasardeux : malgré son projet affiché, la dimension subjective et autobiographique de ce livre demeurait superficielle. Cinq ans après, on recevait un nouvel essai, Pêcheur de perles (Gallimard), où l’auteur avait tracé au stylo cette dédicace sardonique : « Mon premier livre à la première personne. » Or non. Il faudrait attendre encore un peu. Pas pour que Finkielkraut s’autorise à dire « je », mais pour qu’il lève le voile sur quelques épisodes qui ont fait de lui ce qu’il est. Avec Le Cœur lourd, c’est aujourd’hui chose faite.
Faut-il invoquer l’effet du temps ? Les épreuves traversées, les accidents de santé, la mort frôlée ? Ou les bienfaits d’un long compagnonnage avec le partenaire de ce livre dialogué, Vincent Trémolet de Villers ? De fait, pour un juif polonais né en France, « orphelin inconsolable de la gauche », une plume du Figaro, formée à l’école de la droite littéraire et de Roger Nimier (1925-1962), fait un meilleur psy qu’un disciple de Freud… Résultat : ce Cœur lourd laisse percevoir un Finkielkraut différent, qui raconte sa vie et se rafraîchit les idées.