Il coule à flots. Par filets, rubans ou caillots écarlates, le sang s’étale sur une route hantée, dès l’ouverture de Chaque goutte est un cauchemar pour l’homme. Nous sommes aux côtés de Sadie, une jeune fille ayant ses premières règles assise à l’arrière d’une voiture qui va percuter un cochon sauvage. La scène, gore, ne doit rien au hasard. Il en va de même pour le moindre détail de ce recueil de nouvelles liées entre elles, et dont la forme évoque une veillée avec ses lois à observer : chaque histoire raconte une femme à différents âges de sa vie, de la puberté au veuvage, et intègre une croyance ou bien une figure légendaire hawaïenne – parmi lesquelles les « Marcheurs de nuit », la « Folle de la mer » et les « Menehune » – de petites créatures magiques ambiguës.

Née en 1993 à Hawaï d’ancêtres japonais, Megan Kamalei Kakimoto pose la question du poids de cet héritage dès « Catalogue de superstitions kanaka telles que te les a rapportées ta mère », qui fait office de prologue à ce premier livre. Soit treize mises en garde afin de tromper la mort ou la malchance (« Ne plante pas tes baguettes dans ton riz ! », « Ne siffle pas la nuit ! »). Elles prêtent d’abord à sourire. Avant que les protagonistes de chaque nouvelle ne commettent l’erreur d’ignorer « [c]es contes narrés par les parents craintifs pour dissuader les petits, les keiki, de faire des bêtises, des légendes bizarres auxquelles les kupuna – les anciens – se cramponnent dans une pauvre tentative de faire survivre leur culture rabougrie ». C’est le cas de Sadie qui, pour ne pas avoir respecté l’interdiction de rouler sur une voie ancestrale avec du porc dans la voiture, est condamnée à un mariage abusif, une grossesse hémorragique, puis une maternité empêchée par des visions terrifiantes de la « chose vivante » à laquelle elle donne naissance.

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