Eddy D’aranjo est né le 17 décembre 1992. Il a 33 ans. L’âge du Christ au jour de sa crucifixion. On le précise car, plus d’une fois sur la scène, cet artiste étonnant, qui vient d’enthousiasmer le public de l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, écarte ses bras vers le ciel, paumes ouvertes, dans un geste christique d’excuse ou de perplexité.
Eddy D’aranjo n’est pourtant pas le Messie, quoique : il y a en lui une dimension sacrificielle. Dès le prologue d’Œdipe roi, spectacle inspiré de Sophocle qu’il met en scène aux Ateliers Berthier, une de ses partenaires pique d’une pointe acérée l’extrémité de ses dix doigts. Les mains rougies, l’acteur peut entamer son chemin de croix et aller demander l’impossible au théâtre : représenter l’irreprésentable. Parce qu’il scrute l’abjection sans ciller, son spectacle, très impressionnant, fait faire au théâtre un bond de géant au-dessus de la sauvagerie des hommes.
Auteur d’une pièce passionnante, Eddy D’aranjo sait à quels Everest d’interdits et de secrets, à quels amas de fantasmes collés au réel il s’attaque, puisque l’histoire qu’il dévoile est celle de sa famille. Raison pour laquelle il prend le temps des mots explicatifs et descriptifs avant de s’autoriser leur théâtralisation. Laquelle se traduira par la souple irruption de vidéos tournées en direct (à la façon de Julien Gosselin, dont il a été l’assistant) dans un décor (intérieur maison) qui se montera à l’entracte. Un cinéma-vérité incarné par d’ardents comédiens quand la première partie de la représentation, à l’inverse, a consisté à évacuer la mise en scène du plateau pour dérouler les faits. Rien que les faits, sans excès visuels parasites (dans la lignée de Marie-José Malis, avec qui il a aussi collaboré).