Venu apporter son soutien aux candidats de La France insoumise (LFI) à la mairie de Lyon, jeudi 26 février au soir, Jean-Luc Mélenchon a, de nouveau, été taxé d’antisémitisme.

Pendant une vingtaine de secondes, le chef de file de LFI s’est attardé sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein, pédocriminel américain, mort en prison en 2019 et dont les multiples relations dans les milieux économiques et politiques ont été révélées après la publication de documents par l’administration américaine.

« Sauf s’il s’agit de l’affaire [èpchtaïne]. Ah, je voulais dire [èpstine], pardon. Ça fait plus russe, [èpstine], hein… » En l’occurrence, M. Mélenchon se trompe : en russe, Epstein s’écrit ??????? et se prononce « èpchtéïne ». Et de poursuivre : « Alors maintenant vous direz [ènnstine] au lieu d’[ènnchtaïne], [frankenstine] au lieu de [frankenchtaïne]. Eh beh voilà, non ? Tout le monde comprend comment il faut faire… »

Ses propos ont fait réagir le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi : « N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, un élève de cinquième sait qu’en anglais “Epstein” se prononce “Epstine”, a-t-il écrit sur X. Les journalistes ne font donc que prononcer un nom américain… à l’américaine. Voir dans cette prononciation une manipulation est un délire complotiste aux vrais relents antisémites », a-t-il ajouté.

De nombreux responsables politiques, à commencer par le président de la République, Emmanuel Macron, ont réagi aux propos du leader « insoumis ». « C’était il y a quinze jours », a ainsi écrit sur le réseau social X le chef de l’Etat en repartageant un de ses discours où il ciblait « l’antisémitisme d’extrême gauche ».

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a estimé que LFI a érigé « la violence politique et l’antisémitisme en stratégie électorale », dans une interview au Figaro. « Les dérives antisémites sont désormais assumées au grand jour. La filiation avec des groupuscules violents, comme la Jeune Garde, aussi », a-t-elle également pointé.

« Toutes les limites ont été franchies par Jean-Luc Mélenchon (…) L’antisémitisme est une monstruosité », a dénoncé l’ancien premier ministre Gabriel Attal.

« C’est évidemment les codes de l’antisémitisme, c’est inadmissible », a estimé, de son côté, l’ancien ministre de l’économie Eric Lombard sur RTL, alors que la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes, Aurore Bergé, a jugé que « l’antisémitisme en France s’écrit en trois lettres : L-F-I ». Avant d’ajouter, sur X, que « face [aux “insoumis”], il n’y a qu’une seule attitude possible : le combat. Que chacun prenne ses responsabilités. Que chacun fasse le ménage. Pas une voix pour ces antisémites. »

En déplacement à Angers (Maine-et-Loire), le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a condamné « très fermement les propos de Jean-Luc-Mélenchon » : « A un moment, les masques doivent tomber. On ne joue pas avec des mots comme ça, (…) et sur une forme d’ambiguïté pour ne pas nommer les choses. (…) Ce n’est pas acceptable. »

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé un meeting « brutal, qui fait froid dans le dos, aux relents ouvertement antisémites ». « Jean-Luc Mélenchon est dans une dérive extrêmement grave. Il est dans un monde parallèle. On a l’impression d’assister à un retour des années 1930 », a ajouté en soirée Jordan Bardella sur LCI.

« Les jeux de mots sur les noms de famille à consonance juive rappellent trop de mauvais souvenirs pour laisser les rieurs de votre côté », a pointé, de son côté, Dominique de Villepin, probable candidat à la présidentielle de 2027, accusant son adversaire politique de « sacrifier la sécurité de nos concitoyens juifs en laissant s’installer des ambiguïtés, des ambivalences ». « Aujourd’hui, votre responsabilité est engagée devant l’Histoire (..) parce que vous risquez de légitimer l’extrême droite au-delà de toutes ses espérances », a martelé l’ancien premier ministre sur X.

Même chez les anciens alliés de gauche de LFI, la sortie a indigné. « Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux », a tweeté le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure.

« Rien ne va dans ces propos. Rien. Ça suffit maintenant ! », s’est exclamée la cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, tandis que l’ancien président François Hollande a accusé celui qu’il a côtoyé au PS d’avoir « fini par tomber dans les formules antisémites ».

Laurence Rossignol, sénatrice PS du Val-de-Marne, a dénoncé, quant à elle, sur le même réseau, le fait qu’un « responsable politique [fasse] rire une salle en égrenant des noms juifs, en insistant sur leur prononciation, avec un rictus de haine ». En renchérissant : « Ça n’a plus rien à voir avec Gaza. Ça n’a à voir qu’avec l’antisémitisme le plus terrifiant. »

Jean-Luc Mélenchon a riposté par l’attaque. « J’ai ironisé sur la volonté de vouloir faire avec “Epstine” un nom pour “russifier” le problème. Consternante réaction de ceux qui y voient de l’antisémitisme », a-t-il écrit sur X, y notant une manière de « susciter délibérément la violence contre LFI ». Pour lui, « l’antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet ».

« Les “insoumis” ont, les premiers, dénoncé les instrumentalisations antisémites de l’affaire Epstein », a affirmé le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, en dénonçant « une cabale » contre le mouvement de gauche radicale.

Les accusations d’antisémitisme se multiplient contre Jean-Luc Mélenchon, notamment depuis les attaques du 7 octobre 2023 en Israël. Comme quand il avait estimé que l’antisémitisme était « résiduel » en France en 2024 alors que les attaques contre la communauté juive étaient en nette augmentation. Ou comme quand il avait ciblé son ancien protégé, le député socialiste Jérôme Guedj, issu d’une famille juive séfarade, en évoquant « la laisse de ses adhésions ». Jean-Luc Mélenchon a toujours nié ces accusations.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario