Rabindranath Tagore (1861-1941), le grand philosophe, écrivain et poète indien de Calcutta, Prix Nobel de littérature en 1913, a écrit un jour, dans son roman La Maison et le Monde (1916), un très beau roman dont je vous conseille la savoureuse lecture, cette phrase : « Ce qui est éternel dans la minute qui passe devient fugitif et vain si nous l’étalons dans le temps. »
« Ce qui est éternel dans la minute qui passe », appréciez la subtilité, le paradoxe : l’instant qui ne dure pas est « l’éternel », et voilà que le plus éphémère serait – peut-être – notre porte d’accès à l’immuable, la porte de sortie hors du temps qui fuit, c’est-à-dire hors du monde de tout ce qui s’enfuit, nous échappe, nous glisse entre les doigts, ce monde gouverné par la naissance, la mort, la perte ; ce monde où ce que nous sommes et ce que nous vivons, n’en finit pas de passer au passé, de s’évanouir comme fumée…