Dans le salon, une gamelle traîne toujours quelque part. Un museau la renverse au passage. Adela (qui, comme les autres personnes citées par leur prénom, n’a pas souhaité donner son nom de famille) a toujours grandi comme ça, entourée de chiens et de chats, dans son « petit village » du Nord. Son avenir, pense-t-elle alors, coule de source. « Depuis petite, je veux être vétérinaire », répète la jeune femme de 18 ans.
En terminale, son rêve se cogne aux chiffres. Elle découvre que les quatre écoles vétérinaires publiques affichent des frais de scolarité qui avoisinent les 2 800 euros par an. A l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, sa bourse Crous (centre régional des œuvres universitaires et scolaires) l’aurait exonérée des frais d’inscription. Mais pas des autres dépenses : un loyer élevé en région parisienne, un abonnement Navigo d’une trentaine d’euros par mois.
Autour de la table de la cuisine, la bachelière détaille les montants à ses parents – sa mère est ouvrière dans l’automobile et son père, fabriquant dans la pharmaceutique. « J’ai vu à leur tête que ce ne serait pas possible », se souvient-elle. L’Etat propose un prêt garanti jusqu’à 20 000 euros, sans caution parentale. En cas de défaut, il couvre 70 % de la somme due. Mais pour Adela, s’endetter à 18 ans n’est pas une option. Elle signe alors pour un service civique en école primaire, rémunéré 600 euros net par mois.