En arrivant devant la façade de ce petit immeuble de deux étages, dans une calme rue pavée du 14e arrondissement de Paris, on se dit que l’écrivaine turque Aysegül Savas a choisi de vivre dans l’un de ces quartiers où la capitale se donne des airs de village. Le coin a tant de cachet qu’on suppose à l’écrivaine un goût pour les décors de carte postale – une façon, pour cette romancière anglophone ayant vécu, croit-on savoir, aux quatre coins du monde, de jeter son dévolu sur un environnement « so Frenchy ». Mais comme le quartier semble aussi paisible que modeste, loin de l’agitation touristique et des perches à selfie, on sonne chez l’écrivaine avec l’envie d’en savoir plus sur son rapport aux lieux.
Au cours de l’entretien qu’elle nous accorde en français, on apprend d’ailleurs que l’appartement où l’on se trouve est bien celui dont rêvent les héros de son troisième roman. La première phrase d’Anthropologie annonce clairement l’enjeu pour la narratrice et son conjoint : « Dans un moment de panique, dit-elle, nous avons décidé de partir en quête d’un appartement à acheter. » Nous y voilà. Comment l’écrivaine turque et son mari, un mathématicien letton rencontré aux Etats-Unis, en sont-ils venus à poser leurs valises à Paris, comme les personnages du roman ?