La rivière prend sa source au pied du col de Cabre, vers 1 600 mètres d’altitude, dans cette Auvergne des puys, âpre en hiver. Tardive de printemps aussi : la faute à l’écir, ce vent de neige qui poudre de blanc les jeunes pousses, les premiers narcisses, au moment où l’on se met à croire au retour des beaux jours. C’est peut-être à cause de ce climat sévère qu’elle se cache à peine sortie des flancs de la montagne, et qu’elle s’enterre comme si elle voulait disparaître. Avant de resurgir quelques kilomètres plus loin, toute vive de sa nouvelle naissance, prête à caillouter entre ses rives bordées de frênes, impatiente d’aller vers l’été.
Cette rivière, c’est la Santoire. Elle traverse, elle méandre, déborde dans la géographie terrienne de toute l’œuvre de Marie-Hélène Lafon. Mais, chez elle, « Santoire » n’est pas seulement le nom du cours d’eau. Il a d’ailleurs bien failli être son pseudonyme d’écrivaine à la publication de son premier roman, Le Soir du chien (Buchet-Chastel, 2001), avant de devenir le nom de la lignée de paysans des Derniers Indiens (Buchet-Chastel, 2008) et de discrètement se glisser d’un texte à l’autre. Enfin, elle a donné ce nom de famille à Claire, son alter ego des Pays (Buchet-Chastel, 2012), roman de l’arrachement et de l’apprentissage, que suivront, dans une même veine narrative personnelle, Les Sources (Buchet-Chastel, 2023), retour sur l’enfance et les origines, et les deux nouvelles du recueil Vie de Gilles (Chemin de fer, 2025). Hors champ, qu’elle vient de publier, continue cette boucle intime qu’elle faufile, qu’elle reprend, qu’elle renoue. Nouvel épisode d’une chronique des morceaux de vies qui passent et qui peu à peu s’éloignent.