« Sapiens et les microbes » : les petites bêtes qui firent la grande Histoire

Quel est le point commun entre la déroute militaire française de 1870 face aux armées prussiennes, la victoire des conquistadors de Cortés face aux Aztèques de Tenochtitlan en 1520, et l’indépendance d’Haïti proclamée en 1804 après le succès de la révolte des esclaves marrons ? Le rôle des épidémies dans le basculement de ces événements.

Pourtant, comme le souligne Renaud Piarroux dans Sapiens et les microbes, ces derniers ont été oubliés par les historiens, qui ont préféré enseigner les batailles et les mariages des souverains plutôt que de chroniquer les épidémies de peste, de dysenterie ou de variole, et leurs conséquences.

C’est donc le médecin, spécialiste des maladies infectieuses, chercheur à l’Inserm et chef de service à l’hôpital de la Salpêtrière, qui choisit ici de se faire historien pour raconter ce que l’on sait des épidémies bactériennes ou virales depuis la préhistoire. Et l’on en apprend autant sur l’origine de la « peste antonine » qui débuta en 165, sous le règne de Marc Aurèle à Rome – en fait probablement le virus de la variole –, ou l’irruption des terribles épidémies de choléra en Europe au XIXe siècle, que sur les conditions d’implantation des pèlerins du Mayflower en 1620 dans la baie de cap Cod, donnant naissance aux Etats-Unis, ou sur la colonisation des îles océaniennes.

Les échanges commerciaux, l’exploration maritime et les guerres ont bien sûr été les principaux facteurs de dissémination des bactéries pathogènes et des virus. Mais l’incapacité des humains à comprendre les maladies qu’ils provoquent a contribué à accompagner de croyances et de peurs les plus farfelues toutes ces épidémies. De quoi alimenter, de temps à autre, des révoltes et des massacres de boucs émissaires qu’il fallait bien trouver. Renaud Piarroux en sait quelque chose, pour avoir bataillé contre les désinformations de l’ONU au sujet de l’épidémie de choléra à Haïti en 2010. Episode que l’auteur ne rappelle qu’en quelques lignes, sans doute par modestie.

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