Antonythasan Jesuthasan nous donne rendez-vous dans une brasserie italienne aseptisée et rutilante jouxtant la gare du Nord, à Paris. « A 50 mètres d’ici, c’est une zone tamoule, Little Jaffna, vous connaissez ? », demande-t-il. Façon d’indiquer son intérêt pour les deux faces d’une même réalité : le décor et son envers, le passé et le présent. Ce qu’atteste son nouveau roman, Salamalecs, l’histoire de Nandan, un réfugié ordinaire qui a deux pays, la France et le Sri Lanka, mais une seule histoire, que personne ne peut – ou ne veut – comprendre. « Ici, il y a eu des meurtres, dans la rue Louis-Blanc, des kidnappings, des personnes torturées, du racket », reprend l’auteur. Jesuthasan est écrivain et acteur. Révélé en France par le film Dheepan, de Jacques Audiard (2015), il s’exprime en anglais, bien qu’il soit arrivé en France il y a trente-deux ans. « Je peux parler français, mais personne ne me comprend », s’amuse-t-il, reprenant un trait du héros de son livre.

Jesuthasan a consacré sa vie à écrire et mettre en scène la guerre entre le gouvernement sri-lankais et les indépendantistes tamouls. Cent mille morts, des millions de réfugiés et de déplacés, jusqu’au terme, en 2009. Il a 16 ans quand le conflit éclate, en 1983 ; un an de plus, quand, animé par la cause des siens, il rejoint le mouvement des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (fondé en 1976). Les Tamouls (minoritaires et vivant principalement dans le nord et l’est du Sri Lanka) et les Cinghalais (majoritaires) cohabitent de longue date dans l’ancienne colonie britannique. Mais les premiers sont discriminés par le pouvoir. De quoi inspirer au jeune homme des poèmes révolutionnaires dont il tapisse les murs de son village, sur l’île de Velanai, près de Jaffna, la principale ville du Sri Lanka tamoul, ou qu’il publie dans la presse. Trois ans plus tard, quand les Tigres tamouls commencent à tuer des civils cinghalais, des musulmans et des Tamouls critiques de leur mouvement, Jesuthasan quitte l’organisation.

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