Un simple battement d’ailes de lépidoptère peut déclencher une tornade à l’autre bout de la terre : c’est le célèbre « effet papillon ». Autour du monde, de Laurent Mauvignier, renverse la proposition, partant de la tornade ou, plus précisément, d’un tsunami – celui survenu le 11 mars 2011 – pour regarder, au loin, ses effets sur des vies minuscules. Car si la plupart de ses personnages vivent une situation de crise, voire un moment de paroxysme existentiel, le jour où la mer déferle sur les côtes japonaises, causant l’accident nucléaire de Fukushima, cet événement n’y joue guère de rôle. Tout au plus apparaît-il comme une série d’images passant en boucle sur des écrans de télévision, tandis que chacun affronte ses propres problèmes.
Seules les deux histoires, respectivement, qui ouvrent et ferment ce roman ont un lien direct avec le tsunami : le premier personnage que l’on rencontre est Guillermo, jeune Mexicain en voyage au Japon, parti sur la côte avec une fille tatouée pour une parenthèse de sexe et de défonce, et qui va y trouver la mort ; le dernier de ces quatorze récits est centré sur Ayaka, petite fille nipponne qui voit son séjour touristique en famille à Paris prolongé par des événements qu’elle ignore, tandis qu’autour d’elle, chacun rivalise de gentillesse.
Entre les deux ? On croise des hommes et des femmes, tous en voyage, en transit ou en exil, un Frantz qu’on jurerait sorti d’un roman de Houellebecq, en croisière en mer du Nord, qui sauve un vieux sismologue russe ; deux femmes confrontées à un attentat-suicide à peine arrivées en Israël ; de riches touristes partis pour un safari en Tanzanie, un médecin britannique, métis, amenant sa jeune maîtresse, ex-compagne de son fils, en voyage à Rome ; deux Espagnols attaqués en mer par des pirates somaliens ; un ado américain armé et fanatisé faisant du stop pour retrouver son grand frère à l’autre bout du pays ; deux vieux Italiens en partance pour une virée au casino…