Née en 1945 à Nades, dans l’Allier, Sylviane Agacinski est philosophe et membre de l’Académie française. Directrice de programme au Collège international de philosophie de 1986 à 1991, elle a enseigné à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de 1991 à 2010. Marquée par la pensée de Martin Heidegger (1889-1976) et très proche de Jacques Derrida (1930-2004), son œuvre s’articule autour des rapports entre le masculin et le féminin (Politique des sexes, Seuil, 1998, et Métaphysique des sexes, Seuil, 2005), des controverses autour du genre (Femmes entre sexe et genre, Seuil, 2012), de la critique de la marchandisation du corps humain (Corps en miettes, Flammarion, 2009) et du religieux (Aparté, Aubier, 1978 et Face à une guerre sainte, Seuil, 2022).

A l’époque, j’étais quelqu’un d’autre, dans un autre monde. Je traversais un moment d’émancipation personnelle : j’avais quitté Lyon et mes parents – atterrés – pour venir vivre libre à Paris, et découvrir la scène littéraire et intellectuelle. En mai 1968, mes sentiments étaient ambivalents. D’un côté, je trouvais assez jubilatoire la libération de la parole partout (à la Sorbonne, à l’Odéon, dans les usines…). Mais, d’un autre côté, il m’était impossible d’approuver des slogans aussi choquants que « CRS : SS », ou aussi puérils qu’« Il est interdit d’interdire ». J’avais lu assez de Marx pour être consciente de l’exploitation de la classe ouvrière, mais je ne pouvais adhérer à rien : ce que l’on savait de l’URSS et de la Chine ne me laissait aucune illusion sur l’agitation révolutionnaire. Le Parti communiste français [PCF], aligné sur le PC soviétique, était passablement machiste. Il n’en représentait pas moins le monde ouvrier et, à mes yeux, il était la gauche sérieuse. Lors de l’énorme manifestation du 13 mai, par exemple, à laquelle je participais comme on va à une fête populaire, un mot d’ordre a traversé le défilé comme une vague : « A l’Elysée ! » On allait tout droit vers un drame, lorsque j’ai vu le service d’ordre plutôt musclé du PCF former un cordon infranchissable et obliger le cortège hésitant à s’orienter ailleurs avant de se disperser.

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