La question de l’accès des mineurs aux contenus pornographiques a toujours fait couler beaucoup d’encre. Contrairement à ce qu’affirme une tribune publiée dans Le Monde [le 4 septembre, par un collectif de personnalités féministes européennes], la pornographie n’est pas la première, ni la principale, source d’éducation à la sexualité pour les adolescents ni même pour les jeunes.
Les données de l’enquête Envie, menée entre 2022 et 2023 par l’Institut national d’études démographiques [et publié en mars par La Découverte sous le titre « La Sexualité qui vient »], auprès de 10 000 jeunes représentatifs des 18-29 ans vivant en France métropolitaine, montrent que le savoir des jeunes relatifs à la sexualité vient d’abord de tierces personnes – 9 jeunes sur 10 citent les partenaires, 8 sur 10 les amis – et que plus de la moitié d’entre elles et eux citent les professionnels de la santé et de l’éducation comme sources d’information.
Parmi les sources numériques citées ensuite, les fictions ou les documentaires – télés, séries, films – et les réseaux sociaux devancent la pornographie, citée par environ une femme sur quatre et un homme sur deux. La pornographie n’est qu’une source parmi d’autres pour les supports numériques, et de manière très inégale selon le sexe des individus : 23 % des femmes, 48 % des hommes. Pourtant, c’est sur elle que se cristallise une grande partie des préoccupations des adultes.
Les élans prohibitifs concernant la sexualité et les contenus pornographiques de toutes natures ne sont pas nouveaux, mais leur efficacité et leur utilité sont largement contestées. Quand bien même l’accès aux sites diffusant des contenus pornographiques serait contrôlé, il est assez probable que ces restrictions pourront être contournées. La mise en place d’une telle interdiction pose par ailleurs à nouveaux frais la question de l’encadrement de la collecte de données personnelles « sensibles » par des organismes privés.