Il n’y a que chez Patrick Modiano que l’on trouve pareils personnages. Samuel Granowsky, dit « le cow-boy de Montparnasse ». Un Ukrainien sans le sou, peintre, modèle, petit rôle dans des films muets, qui sillonnait à cheval les rues du quartier dans l’entre-deux-guerres, coiffé d’un chapeau texan. « La concierge du 70 bis, Mme Davaze, se rappelait encore dans les années 1960 les visites que le cow-boy de Montparnasse faisait à Tanaka », son ami peintre, et du « claquement régulier des sabots de son cheval », écrit Modiano. Arrêté lors de la rafle du Vél’ d’Hiv, en juillet 1942, Granowsky fut déporté peu après à Auschwitz. Faux Texan, vrai juif.

Un cow-boy assassiné, son amie Aïcha, « moitié martiniquaise, moitié flamande », Yasushi Tanaka, mais aussi Claude Monet, George Sand, Auguste Rodin et Camille Claudel, Jules Michelet, Pablo Picasso, Claude Cahun… Sans oublier une kyrielle d’inconnus nommés Auguste Toulmouche ou encore Nils von Dardel, « dont on disait qu’il était “le plus bel homme de Montparnasse” avec Modigliani et le peintre Abdul Wahab ». Tous surgissent de l’ombre en un cortège improbable et bigarré dans 70 bis, entrée des artistes. Si le Prix Nobel y retrouve ses obsessions pour Paris, le demi-monde et les années sombres, il surprend en menant pour une fois l’enquête avec d’autres.

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